Belgique, collision de trains : Le sous-investissement en cause17/02/20102010Journal/medias/journalnumero/images/2010/02/une2168.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Belgique, collision de trains : Le sous-investissement en cause

La collision frontale de deux trains de voyageurs à Halle, au sud de Bruxelles, a fait au moins 18 morts et 162 blessés. D'autres morts pourraient encore être découverts quand la SNCB (Société nationale des chemins de fer belges) finira de relever les wagons renversés. L'hypothèse immédiatement avancée par la SNCB pour se décharger à bon compte de ses responsabilités est qu'un des conducteurs aurait passé un feu rouge.

Voire. Car dans cet accident, comme dans celui de Pecrot en mars 2001 avec là aussi une collision frontale de deux trains (8 morts), les responsabilités des autorités de la SNCB et des gouvernements successifs sont écrasantes. Globalement, le transport par rail en Belgique est victime d'un sous-investissement chronique, au profit des lignes TGV, des gares de prestige... et du transport de colis par route, avec son ex-filiale ABX.

Les voies ne sont que peu modernisées, notamment le système de freinage automatique en cas de franchissement de feu rouge ne sera installé, dans 50 % des secteurs à risque, que l'année prochaine et il ne le serait qu'à 80 % en 2015 ! Quant aux locomotives, qui devraient être équipées du système correspondant pour pouvoir suppléer à l'inattention ou au malaise d'un conducteur, une vingtaine sur un millier seulement le sont ! Le programme de modernisation devrait s'étaler jusqu'en 2013. Les locomotives et wagons datent souvent d'une trentaine d'années, très inconfortables pour les plus anciens... et surchargés aux heures de pointe.

Tout cela est compliqué par la scission de la SNCB depuis juillet 2005, en trois entités : Infrabel qui s'occupe des voies, la SNCB en charge du matériel roulant, chapeautés par la SNCB Holding qui gère les finances et le personnel. Bien sûr, Infrabel et la SNCB se renvoient les responsabilités chaque fois qu'il y a un incident ou un accident.

Quant au personnel, la situation s'est aggravée depuis des années : de 68 000 cheminots en 1982, il en reste 38 000 aujourd'hui. En moyenne, chaque agent a 40 jours de congés de retard, les conducteurs sont surchargés, faisant parfois six vacations de neuf heures dans la semaine. Pourtant il y a de plus en plus de voyageurs qui prennent le train, surtout pour se rendre à Bruxelles, dont les accès routiers sont complètement engorgés.

Cet accident s'est produit quasiment à la limite de la Flandre et de la Wallonie, entre un train d'un dépôt flamand et l'autre d'un dépôt wallon. Mais dans cette tragédie, au lieu des surenchères communautaires des politiciens des deux bords, il y a eu une solidarité remarquable des sauveteurs et des cheminots. Et la grève qui a spontanément éclaté a paralysé les trains des deux côtés du pays, malgré les dirigeants syndicaux, dont l'un a déclaré : « Nous avons signé un accord visant à éviter ce type d'action, que nous ne soutenons donc pas. Mais nous comprenons la réaction des conducteurs. » Merci quand même !

Le réseau et les conditions de travail du personnel ne pourront s'améliorer que s'il y a une forte réaction des cheminots comme des voyageurs, pour imposer les investissements et les embauches nécessaires.

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