Le Parti Socialiste et les retraites : Épargner le patronat en faisant payer les travailleurs30/01/20102010Journal/medias/journalnumero/images/2010/01/une2165.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Le Parti Socialiste et les retraites : Épargner le patronat en faisant payer les travailleurs

Effectuant un virage sur l'aile, Martine Aubry est donc revenue sur les propos qu'elle avait tenus le 17 janvier, lorsqu'elle avait affirmé qu'on « doit aller, qu'on va aller très certainement vers 61 ou 62 ans ». À la suite du Bureau national du PS, elle a déclaré le 26 que « chaque Français doit pouvoir partir (à la retraite) à 60 ans », tout en affirmant avec aplomb qu'elle n'avait jamais dit autre chose.

Ce cafouillage a une explication simple. La principale préoccupation de Martine Aubry, c'est la présidentielle de 2012. Et envisager de repousser l'âge de la retraite, c'était se présenter en candidate « responsable » aux yeux du patronat. Mais pour les dirigeants du Parti Socialiste, en particulier pour ceux qui rêvent de se retrouver président de région, une telle prise de position était pour le moins malheureuse à quelques semaines des élections qui doivent décider de leur avenir.

Pourtant la déclaration initiale de Martine Aubry n'était pas si surprenante que cela. Car depuis des années, qu'il soit au gouvernement ou dans l'opposition, le Parti Socialiste n'a cessé d'unir ses voix à celles de la droite pour accréditer auprès des travailleurs l'idée qu'il y a un « problème des retraites » causé par l'allongement de la durée de vie et que, les retraités devenant chaque année plus nombreux, il faut être réaliste et trouver des solutions. Et les propositions mises en avant par le PS ont toujours consisté, d'une manière ou d'une autre, à faire admettre aux travailleurs qu'ils doivent être les seuls à consentir des sacrifices s'ils veulent « sauver » leurs retraites.

En avril 1991 déjà, dans le Livre blanc sur les retraites qu'il présentait au gouvernement, Rocard avait dit que « le salarié de l'an 2000 devrait cotiser plus longtemps pour toucher moins ». Et tout en excluant une remise en cause de la retraite à 60 ans, fixée depuis 1982 par le gouvernement Mauroy, il n'en déclarait pas moins que « l'allongement de l'espérance de vie pourrait conduire à une remontée progressive de l'âge de cessation d'activité, autorisant à plus long terme un réexamen de la question de l'âge minimal de départ à la retraite ». Martine Aubry n'avait pas eu besoin de chercher bien loin son inspiration !

Quand en 1993 Balladur s'attaqua aux retraites des salariés du privé, en faisant passer de 37,5 à 40 ans la durée de cotisation nécessaire pour pouvoir prétendre à une retraite à taux plein, le Parti Socialiste s'associa mollement à la protestation contre cette décision. Il en fut de même lorsqu'en 1995 Juppé voulut s'en prendre à certains régimes spéciaux, comme celui des cheminots, avant d'être obligé par la grève de faire machine arrière.

Et lorsque le PS revint au pouvoir en 1997, il ne fit rien pour abroger la réforme de Balladur, alors qu'il disposait d'une majorité parlementaire qui lui aurait permis de le faire.

En février 2002, on put entendre Fabius, ministre de l'Économie du gouvernement Jospin, défendre devant l'Assemblée les mesures que la gauche avait prises depuis cinq ans pour favoriser les retraites par capitalisation, ajoutant « qu'il reviendrait au nouveau gouvernement d'aller plus loin en ce sens », qu'il soit de gauche ou de droite. Et, dans une intervention télévisée faite en mars 2002, Jospin avait, bien avant Martine Aubry, défendu « la liberté de choix de la date de cessation d'activité » - comme si les travailleurs avaient le choix de partir à l'âge où ils le souhaiteraient !

La déclaration initiale de Martine Aubry, envisageant de repousser l'âge légal du départ en retraite avait évidemment été saluée par toute la droite, qui y avait vu la possibilité d'accomplir ses mauvais coups contre les retraites, après les élections régionales, dans un climat de consensus parlementaire, et Sarkozy s'était empressé de s'en servir dans son show télévisé. Mais de toute manière ce que le gouvernement a le plus à craindre, du moins on ne peut que le souhaiter, ce n'est pas une bataille d'amendements au Parlement, c'est la colère des travailleurs face à cette nouvelle attaque.

Partager