Algérie : Une élection présidentielle sans enjeu02/04/20142014Journal/medias/journalnumero/images/2014/04/une2383.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Algérie : Une élection présidentielle sans enjeu

L'élection présidentielle aura lieu le 17 avril en Algérie. La santé de l'actuel président, Abdelaziz Bouteflika, et la question du quatrième mandat agitent les médias. Mais, si les protestations se multiplient, elles restent très minoritaires. L'issue du scrutin s'annonce sans surprise, de même que l'abstention record.

Au pouvoir depuis quinze ans et âgé de 77 ans, le chef de l'État apparaît considérablement amoindri, suite à un AVC survenu en avril 2013. Ses problèmes de santé alimentent les doutes sur sa capacité à continuer à diriger le pays. Cela ne l'empêche pas d'être candidat à sa propre succession, après avoir été élu à trois reprises, en 1999, en 2004 puis en 2009, à la suite d'une révision sur mesure de la Constitution pour lui permettre de se représenter.

C'est que, même en mauvaise santé, Bouteflika semble le plus susceptible d'assurer la stabilité du régime. Certes, des frictions existent au sein des classes dirigeantes, notamment sur la répartition du pouvoir politique et la mainmise sur la manne des hydrocarbures. Mais les généraux de l'armée, les hauts fonctionnaires, les barons de l'import-export, les grands patrons de l'industrie craignent avant tout l'instabilité. À l'heure actuelle, leurs affaires sont florissantes, tout comme celles des trusts impérialistes implantés en Algérie. Aucune de ces cliques n'a intérêt à ce que des conflits pour le pouvoir fragilisent la situation politique. D'où le consensus sur la candidature de Bouteflika.

Une opposition disparate coupée des masses populaires

Dénonçant la « mascarade » électorale, une opposition hétéroclite, mêlant islamistes, hommes de gauche et diverses personnalités, appelle au boycott. Depuis près d'un mois, sit-in, rassemblements et manifestations contre le quatrième mandat de Bouteflika se sont multipliés. Le mouvement de protestation Barakat (« Ça suffit »), créé en février dernier par des utilisateurs des réseaux sociaux, a organisé plusieurs rassemblements, surtout à Alger. Restant dans le cadre du système, Barakat se contente de réclamer l'instauration d'une période de transition et une nouvelle Constitution. « Nous ne voulons pas d'une révolution arabe, nous voulons une révolution algérienne pacifique », a précisé l'une de ses porte-parole.

Dans sa grande majorité, la population se tient à l'écart de ces mouvements de protestation. Et pour cause : les préoccupations quotidiennes des classes populaires algériennes, les salaires et le pouvoir d'achat, le logement, la précarité, le chômage, restent totalement étrangères aux dirigeants de l'opposition dite démocratique. Certains d'entre eux avaient d'ailleurs comparé les masses populaires à des « tubes digestifs », lors des mouvements de révolte de 2011.

Une abstention massive prévisible

Même si Bouteflika reste malgré tout encore populaire dans le pays, beaucoup trouvent choquant qu'il s'acharne à se présenter et ont le sentiment qu'on se moque d'eux. Par ailleurs, une grande partie de la population est encore traumatisée par la guerre civile des années 1990, qui a fait plus de 100 000 morts. Beaucoup redoutent que d'éventuels changements politiques la fassent ressurgir, comme la Libye ou la Syrie en donnent l'exemple. Loin d'être un vote d'adhésion, le vote pour Bouteflika sera un vote par défaut. Mais il est probable que la grande majorité des électeurs populaires ne se rendront même pas aux urnes, conscients qu'il n'y a aucun enjeu pour eux. Le grand vainqueur de ces élections sera l'abstention.

Le véritable enjeu

Si les questions sociales et économiques restent pour l'instant absentes du débat politique, cela fait des mois qu'il y a des grèves et des protestations : telles les récentes grèves des dockers d'Alger et de Béjaïa, celles des salariés de la Sécurité sociale, du secteur du BTP, des enseignants, des travailleurs du métro d'Alger ; ou encore celle des cheminots, qui viennent d'obtenir gain de cause pour le rappel de 36 mois de salaire. Ces luttes sont un gage pour l'avenir. Elles montrent que la population et les travailleurs algériens ont pris l'habitude de se défendre et de poser les problèmes.

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