États-Unis : Haro sur les travailleurs de l'automobile17/12/20082008Journal/medias/journalnumero/images/2008/12/une2107.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

États-Unis : Haro sur les travailleurs de l'automobile

Une importante partie de dupes est en train de se jouer au coeur de l'industrie américaine, dans l'automobile, pour amener les travailleurs à accepter d'abandonner complètement tout ce qui reste encore de ce que ce bastion de la classe ouvrière américaine avait réussi à arracher aux patrons des trois grands de l'automobile : General Motors, Ford et Chrysler.

Voilà des semaines que les travailleurs sont soumis à un véritable chantage pour qu'ils acceptent de nouveaux sacrifices. Les patrons ont demandé 25 puis 34 milliards d'argent public au Congrès, indispensables selon eux pour éviter le dépôt de bilan. Les pouvoirs publics, de même qu'Obama, ont d'emblée soumis toute aide avec l'argent des contribuables à un plan de restructuration visant un retour à la rentabilité grâce aux sacrifices de tous : les dirigeants, les actionnaires, les fournisseurs et les concessionnaires et bien sûr les travailleurs.

À la mi-novembre les dirigeants des trois constructeurs, chacun dans leur jet privé, s'étaient rendus au Congrès qui avait refusé toute aide. Le 9 décembre, ils sont arrivés dans des voitures hybrides, peu gourmandes en essence, et ont obtenu l'accord de la Chambre des représentants pour une aide de 14 milliards de dollars. Mais le plan de sauvetage n'est pas passé au Sénat où les élus républicains des États du Sud - où les constructeurs étrangers, Toyota, Honda et Nissan ont implanté leurs usines sans syndicat - ont exigé que les salaires des ouvriers des trois constructeurs de Detroit soient alignés dès 2009 sur ceux des entreprises japonaises.

Les dirigeants syndicaux complices du chantage patronal

Les dirigeants de l'UAW, le syndicat des travailleurs de l'automobile, ont dit et répété qu'ils étaient prêts à aider les patrons. Voulant se faire reconnaître par les patrons comme des « partenaires » indispensables, ils se montrent responsables de leurs intérêts et se font l'avocat des patrons auprès des travailleurs. Ils l'ont maintes fois prouvé ces dernières années et l'an dernier ils ont accepté de signer un contrat qui baissait de moitié les salaires des nouveaux embauchés et leur supprimait en outre des prestations sociales que touchaient les travailleurs plus anciens. Depuis des semaines, les dirigeants de l'UAW ont fait savoir qu'ils étaient prêts à accepter la suppression des allocations chômage maison, qui ne sont plus versées, il est vrai, qu'à une toute petite minorité de licenciés tellement les critères ont été durcis lors du dernier contrat. De plus ils acceptent aussi que les constructeurs retardent les versements dus pour l'assurance médicale des retraités dont les constructeurs se sont justement débarrassés l'an dernier en en remettant la gestion à l'UAW. Il est question aussi que les versements des constructeurs soient effectués avec leurs actions, dont le cours s'est effondré, plutôt qu'avec de l'argent liquide. Quant aux salaires, les concessions accordées l'an dernier pour les nouveaux embauchés font qu'en se débarrassant de tous les anciens travailleurs - ce que les trois grands ont largement commencé à faire - ils seront alignés sur ceux des constructeurs étrangers d'ici 2012. Les dirigeants de l'UAW acceptent même de renégocier le contrat signé il y a un an pour aider davantage les patrons qui annoncent des milliers de suppressions d'emplois et la fermeture de nombreuses usines.

En fait, les dirigeants syndicaux sont prêts à accepter tous les sacrifices demandés, mais ils ont refusé de céder sur la date officielle d'entrée en vigueur des baisses de salaires : 2011 disait le syndicat, 2009 disaient les sénateurs. Une façon pour l'UAW de se donner une apparence de fermeté tout en avalisant une nouvelle fois tous les sacrifices demandés. Voilà des semaines que les dirigeants de l'UAW s'appuient sur les menaces de dépôts de bilan pour faire accepter aux travailleurs une réduction considérable de leur niveau de vie. Parallèlement ils font une campagne d'affiches pour demander qu'on donne aux patrons les milliards qu'ils demandent.

Une seule issue : refuser de céder au chantage

Après le rejet par le Sénat du plan de sauvetage, les constructeurs se sont empressés d'annoncer qu'ils avaient embauché des experts spécialisés dans la préparation des dépôts de bilan. Rappelons que la technique du dépôt de bilan est un classique largement utilisé par les grandes entreprises aux États-Unis pour se débarrasser de leurs obligations, en particulier vis-à-vis des travailleurs.

De son côté Bush a fait savoir que la Maison-Blanche ne laisserait pas couler les constructeurs et qu'elle examinait un nouveau plan de sauvetage au moins temporaire jusqu'à ce que l'équipe Obama prenne les rênes en janvier.

Bush, Obama, politiciens du Congrès, dirigeants syndicaux et patrons de l'automobile jouent depuis des semaines une pièce de théâtre à rebondissements destinée à duper les travailleurs. Mais quelle que soit finalement la façon de faire - sauvetage par le Congrès ou par la Maison-Blanche, dépôt de bilan d'un ou plusieurs constructeurs, rachat et concentration - l'objectif est le même : mettre les travailleurs de l'automobile à genou, les obliger à accepter un recul majeur de leur niveau de vie.

L'enjeu est d'importance car les travailleurs de l'automobile peuvent donner le ton dans la classe ouvrière. Les faire reculer en les obligeant à renoncer à tous leurs avantages particuliers, ce serait une démonstration de force du patronat vis-à-vis de l'ensemble des travailleurs. Mais ce n'est pas gagné car l'an dernier l'UAW a dû mettre tout son poids et utiliser bien des manoeuvres pour arracher un vote positif aux travailleurs sur le contrat proposé. La nouvelle série d'attaques tous azimuts sur les salaires, sur les retraites, sur l'assurance-maladie, sur les allocations chômage et bien sûr sur les licenciements pourraient déclencher une réaction allant bien au-delà de celle de l'an dernier. Une mobilisation des travailleurs de l'automobile peut constituer un exemple pour toute la classe ouvrière.

En tout cas c'est ce que veulent éviter gouvernants, patrons et dirigeants syndicaux. Le mal qu'ils se donnent depuis des semaines est à la mesure de la crainte que les travailleurs leur inspirent.

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