Conférence internationale sur l'Afghanistan : Après les opérations militaires, l'opération publicitaire01/02/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/02/une-1749.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans le monde

Conférence internationale sur l'Afghanistan : Après les opérations militaires, l'opération publicitaire

"La communauté internationale au chevet d'un Afghanistan ravagé"... Avec des titres pareils (Le Monde du 22 janvier), la presse voudrait peut-être effacer l'image de cette même communauté des puissances occidentales ravageant sous les bombardements un malheureux pays et sa population complètement démunie. Ce n'est pourtant pas de l'histoire ancienne ! Et, quant aux ravages subis par l'Afghanistan depuis plus de 20 ans, les puissances impérialistes y étaient déjà aussi pour beaucoup.

Certes, l'Afghanistan est dévasté, avec ses champs (truffés de mines antipersonnel), son maigre réseau routier, son système téléphonique embryonnaire, son système médical (un enfant sur quatre meurt avant l'âge de cinq ans), son rudimentaire système de scolarisation (même pour les garçons, peut-on qualifier de " scolarisation " l'abrutissement dans les écoles coraniques ?)... Sans oublier les centaines de milliers de personnes déplacées, l'insuffisance alimentaire pour une grande partie de la population, y compris à Kaboul, l'accès à l'eau potable pour même pas un quart de la population...

Et l'hypocrisie des " grands " de ce monde tourne au cynisme avec cette " conférence des pays donateurs d'aide " ouverte en grande pompe le 21 janvier à Tokyo, sous la présidence des États-Unis, de l'Union européenne, du Japon et de l'Arabie saoudite. Des " donateurs d'aide ", ces puissances ? Cela vous a un petit air humanitaire, mais que dire quand il s'agit en fait de donateurs avérés de bombes et d'engins destructeurs ? A part les estimations en milliards de dollars ou d'euros qui pleuvent, en paroles et sur le papier, il n'y a rien à en attendre, ou une misère par rapport aux besoins réels.

Il suffit de prendre l'exemple, récent, de ce qui s'est passé dans l'ex-Yougoslavie pour le prévoir.

Après avoir laissé le champ libre aux chefs de guerre à travers la Croatie et la Bosnie, de 1991 à 1995, les dirigeants impérialistes ont tenu immédiatement là aussi des réunions internationales pour la reconstruction et d'autres conférences des " pays donateurs d'aide ".

Ils ont fait de même, après les bombardements de 1999 sur la Serbie et le Kosovo. Et comme, de toute évidence, les dégâts débordaient le cadre de l'ex-Yougoslavie et affectaient gravement les pays balkaniques voisins, c'est même un " Pacte de stabilité de l'Europe du Sud-Est " qui a vu le jour... pour être suivi de peu par la déstabilisation de la Macédoine à son tour.

Aujourd'hui, des années après, la " reconstruction " de la Bosnie est un fiasco, comme celle du Kosovo, malgré une façade de démocratisation, d'ailleurs précaire. Les spécialistes se plaignent que l'argent versé dans les Balkans, quand il l'est, n'a pas d'efficacité... sinon celle d'alimenter les divers trafics mafieux qui sévissent sur tout le territoire.

Alors, ce qui se passe pour l'Afghanistan est analogue : on proclame des chiffres, 1,7 milliard de dollars dès 2002, jusqu'à 15 milliards pour les dix prochaines années. Ce sont les estimations de l'ONU. Quant à eux, les différents pays se livrent surtout à une concurrence dans les effets d'annonce. Sans préciser bien sûr que, sur les sommes annoncées, certaines sont des prêts et non des dons, certaines sont pour 2002, d'autres sur cinq ans ou plus, etc. Les USA parlent de 296 millions, mais là-dessus 150 étaient déjà programmés pour des projets antérieurs...

Bref, une nouvelle escroquerie. Alors que les besoins sont criants et urgents, quels vont être la rapidité des versements réels et le rythme effectif des déblocages financiers ? Et de quelles conditions vont-ils être assortis ?

Dans les salons des institutions internationales de l'impérialisme, on dira que ces conditions portent sur la démocratisation du régime et le respect des droits humains - cela fait partie de la panoplie des diplomates à l'usage des bons peuples. Mais on prévoit déjà de créer sur place un " organisme international coordinateur de l'aide " ; et cet organisme, s'il a une existence, sera une arme du contrôle que les grandes puissances, les USA avant tout, exerceront sur l'Afghanistan.

Les dirigeants afghans actuels sont d'ailleurs bien sur la même longueur d'onde, eux qui affirment d'ores et déjà que l'aide doit permettre prioritairement de reconstituer une armée et une police... c'est-à-dire que cette aide doit leur revenir à eux, en finançant les milices et les moyens militaires des chefs de guerre qu'ils sont.

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