Toulouse - AZF Grande Paroisse - Après les morts et les blessés, les menaces sur l'emploi01/02/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/02/une-1749.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Toulouse - AZF Grande Paroisse - Après les morts et les blessés, les menaces sur l'emploi

Les enquêtes sur l'explosion qui a fait 31 morts, 2 700 blessés et des dizaines de milliers de sinistrés le 21 septembre dernier à l'usine Grande Paroisse (AZF) de Toulouse, commencent à livrer leurs premières conclusions... pendant que la direction prépare ses mauvais coups contre les travailleurs, avec la passivité complice des syndicats.

Le rapporteur de la commission parlementaire nommée après l'explosion a annoncé, avant la publication de son rapport le 5 février, que " Total n'a pas respecté la loi ". Quant au procureur qui dirige l'enquête, il confirme ses propos des lendemains de l'explosion : " La thèse de l'attentat ou de la malveillance n'est plus du tout d'actualité. Elle ne résiste pas à la logique, pas plus qu'au travail des experts ". Il s'agit bien d'un accident industriel, faisant suite à des négligences de la direction de l'usine.

Il n'y a que le pré-rapport de l'enquête d'Atofina (qui possède AZF) pour se demander encore si une raison extérieure ne serait pas à l'origine de l'explosion : un incident électrique par exemple... qui aurait le mérite de ne pas mettre toute la responsabilité sur Total.

L'avenir de l'usine n'est pas encore officiellement tranché. Jospin au nom du gouvernement a jugé qu'il était urgent d'attendre (après l'élection présidentielle du 21 avril ?). Pour les dirigeants de Total, il est question d'envisager un plan de " redémarrage " partiel. Lors d'une émission de radio, le représentant de Total à Toulouse estimait qu'il serait envisageable de redémarrer au début de... 2004, dans le meilleur des cas. Avec combien de personnes ? lui a demandé une salariée. Après s'être fait quelque peu prier, il a parlé d'abord de 200, puis de 250, puis de 280. Le dernier chiffre qu'il a donné était 300 (l'effectif actuel est de 460, sans compter les sous-traitants). Mais il a rappelé qu'il ne s'engageait... à rien du tout, car il fallait d'abord et avant tout que tout cela " soit viable au plan industriel ", ce qui pour lui signifie que les actionnaires y trouvent leur compte.

Il est pourtant clair que les dirigeants pétroliers de Total s'apprêtent à fermer en douceur cette usine d'engrais, qui n'était déjà pas assez rentable aux yeux des actionnaires avant l'explosion. Lors de l'assemblée des personnels du pôle chimique du 21 janvier, les syndicats ont maintenu cet objectif du " redémarrage même partiel " de l'usine, sans s'attaquer à Total comme responsable et coupable de l'explosion. Les mêmes syndicats continuent d'ailleurs à ajourner la lutte contre les mesures que prend la direction.

Beaucoup de travailleurs s'accrochent malgré tout à cette illusion du " redémarrage ", défendue par l'intersyndicale main dans la main avec la direction locale de l'usine.

Mais persister à défendre la chimie toulousaine, ce n'est pas en réalité défendre l'intérêt des travailleurs. Au lieu de se battre pour imposer la sécurité totale, aussi bien pour les travailleurs des usines que pour les habitants des quartiers voisins, les syndicats isolent les travailleurs d'AZF du reste des sinistrés des quartiers populaires. C'est pourtant dans cette union des salariés et des sinistrés, contre Total et le gouvernement, que réside la seule issue.

En attendant, les mesures prévues par la direction commencent à être précisées. Pour le départ des anciens (175 seraient concernés par des mesures d'âge), au-delà de 52 ans, la proposition est de partir avec 65 % du salaire brut et 2 288 euros par année de préretraite. Ce n'est pas cher payé pour un posté qui a passé des dizaines d'années à faire les 3x8. Quant aux mutations " au volontariat ", elles ont peu de succès : par exemple, un des ouvriers à qui on proposait une telle mutation à Pau a calculé qu'il y perdrait 20 000 F par an. Il a refusé, ne voyant pas pourquoi il devrait faire les frais de l'opération.

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