Fonderie Loiselet, Dreux : L'envers d'une « relocalisation »10/12/20142014Journal/medias/journalnumero/images/2014/12/2419.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Fonderie Loiselet, Dreux : L'envers d'une « relocalisation »

La fonderie Loiselet de Dreux, objet d'un récent reportage télévisé, a été présentée depuis plusieurs années comme un des exemples de relocalisation industrielle dans l'Hexagone. La réalité pour les travailleurs est bien différente.

L'activité de cette entreprise a connu une forte croissance jusque dans les années 1980. Dans les années 1990, le patron, Sylvain Loiselet, a décidé une délocalisation en Pologne, pour exploiter une main-d'oeuvre meilleur marché et bénéficier de l'aide du gouvernement polonais. Dans les années 2000, il a fait de même vers la Chine et l'Inde. Puis, à partir de 2008, il a commencé à reprendre le chemin de la ville de Dreux, en profitant une nouvelle fois de l'argent public. La presse locale a estimé à l'époque à plus de 6 millions le total des aides à la réindustrialisation, de la part de l'État et des collectivités locales, sur un investissement de 16 millions annoncé. Mais, entre les avances à taux zéro, les prises de participation et les cadeaux, il est bien difficile de s'y retrouver. L'inauguration de la nouvelle usine eut lieu en grande pompe, en présence de Christian Estrosi, maire UMP de Dreux et ancien ministre de l'Industrie, pour vanter la « relocalisation patriotique ». Sylvain Loiselet, lui, se vanta bientôt d'avoir engrangé 41 millions d'euros de commandes sur trois ans.

En juillet 2013, pour ne pas être en reste, le gouvernement Hollande a alors détaché sur place son ministre du prétendu Redressement productif, Arnaud Montebourg, qui vanta cette résurrection et invita Sylvain Loiselet à venir donner des leçons de relocalisation aux fonctionnaires de Bercy.

Mais quelques mois plus tard, en décembre 2013, l'entreprise était placée en redressement judiciaire, avec à la clef un passif de plus de 19 millions d'euros, en quinze mois d'activité seulement. Même les pouvoirs publics - dont l'État, actionnaire de l'entreprise à hauteur de 22 % - ont semblé surpris par la rapidité de la chute. Mais personne n'a demandé de comptes au patron, qu'ils ont constamment soutenu. Après tout ce spectacle médiatique et après avoir largement profité de l'argent public, un peu partout à travers le monde, Sylvain Loiselet a donc tranquillement mis la clef sous la porte.

En juin 2014, sur les 107 salariés, les nouveaux patrons n'en ont conservé pour l'instant que 83, qui ont de bonnes raisons d'être inquiets pour l'avenir. Pour défendre l'emploi, ce n'est vraiment ni sur le patronat ni sur les pouvoirs publics qu'il faut compter.

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