Face aux attaques contre les retraites, il faudra continuer la lutte après le Premier mai30/04/20102010Journal/medias/journalnumero/images/2010/04/une2178.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Editorial

Face aux attaques contre les retraites, il faudra continuer la lutte après le Premier mai

Diviser les salariés pour mieux servir les intérêts des industriels et des banquiers étant la pratique habituelle du gouvernement, celui-ci a engagé son offensive sur les retraites en s'attaquant d'abord aux salariés de la fonction publique, présentés comme des privilégiés parce que leurs pensions sont calculées sur les six derniers mois de traitement. Mais en oubliant de dire que les primes qui constituent une part importante de leur salaire n'entrent pas dans le calcul de leur retraite.

Et c'est bien sûr au nom de « l'équité », au nom de l'égalité entre public et privé, que le gouvernement prétend agir. Que quelques milliers d'individus, qui n'ont souvent d'autre mérite que d'avoir trouvé un gros paquet d'actions dans leur berceau, encaissent chaque année en moyenne quelque trois millions d'euros de revenus chacun, voilà par contre qui ne heurte pas le sens de « l'équité » de Sarkozy, Fillon et consorts.

Et le chour de tous ceux qui accaparent ainsi la plus grande partie des richesses produites dans ce pays de réclamer une nouvelle « réforme » des retraites, dans le privé comme dans le public. Une nouvelle, parce que de telles réformes n'ont cessé de se succéder depuis près de vingt ans, et qu'elles ont toutes contribué à réduire très sensiblement le niveau de vie des travailleurs qui partent à la retraite.

La prétendue nécessité de repousser l'âge du départ en retraite sous prétexte que l'espérance de vie a augmenté est un raisonnement débile.

Il n'y a aucune raison pour que le progrès doive se traduire par un allongement de la durée du travail, bien au contraire. Des millions de femmes et d'hommes, en particulier des jeunes, sont réduits au chômage ou à des emplois à temps partiel imposé ou à des « petits boulots ». Dans cette situation, repousser l'âge du départ en retraite paraît absurde.

Mais la volonté du patronat et du gouvernement est de diminuer ainsi encore plus le montant des retraites. Les responsables des difficultés de trésorerie des caisses de retraite, ce sont les patrons des grandes entreprises. Ils ont de fait bloqué les salaires, quand ils ne les ont pas carrément diminués en faisant du chantage aux licenciements, et ils ont multiplié les suppressions d'emplois, les fermetures d'entreprises, pour augmenter leurs profits. Bien évidemment ces gens-là ne veulent surtout pas prendre sur leurs confortables profits pour alimenter les caisses de retraite, et le gouvernement leur a déjà garanti qu'il n'en était pas question.

La lutte des classes serait dépassée... prétendent ceux qui la mènent avec acharnement pour augmenter leur fortune au détriment des travailleurs. Eh bien non, et ce n'est que par la lutte que ceux-ci peuvent mettre un coup d'arrêt à la régression sociale qu'organisent patronat et gouvernement.

La plupart des grandes confédérations syndicales ont appelé à faire du Premier mai une journée de lutte pour les revendications. Mais elles n'annoncent rien pour la suite, car leur objectif n'est pas de contraindre le patronat et le gouvernement à reculer. Il est d'obtenir du gouvernement qu'il leur manifeste un peu plus de considération dans les consultations qu'il va organiser pour pouvoir dire que sa « réforme » des retraites se fait en concertation avec les représentants des travailleurs.

Cela, c'est la politique des confédérations, dont certaines ont déjà montré, comme la CFDT avec la « réforme » Balladur de 1993, qu'elles pouvaient accepter cette politique de régression sociale. Mais si la manifestation du Premier mai ne pourra évidemment pas, à elle seule, amener le gouvernement à reculer, les travailleurs peuvent se saisir de cette manifestation. En y participant nombreux, en mettant en avant des revendications qui s'opposent sans ambiguïté à toute atteinte à leur retraite, pour affirmer à la fois leur opposition résolue à la politique du gouvernement et du patronat et leur refus de tout compromis qui se ferait sur leur dos ; pour affirmer leur volonté d'entraîner avec eux l'ensemble du monde du travail dans une lutte déterminée.

Travailleurs français et immigrés, travailleurs du public et du privé, une seule classe ouvrière qui doit lutter pour le progrès social : c'est cela la tradition du Premier mai.

Arlette LAGUILLER

Éditorial des bulletins d'entreprise du 26 avril

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