Trop de fonctionnaires, ou pas assez de fonctionnaires utiles ?06/01/20102010Journal/medias/journalnumero/images/2010/01/une2162.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Trop de fonctionnaires, ou pas assez de fonctionnaires utiles ?

En ne remplaçant qu'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, Sarkozy et son gouvernement se flattent de maîtriser les effectifs de la fonction publique et d'assainir les comptes de l'État. C'est « une démarche purement quantitative », « dictée par des considérations budgétaires à court terme », affirme la Cour des comptes, présidée par l'ancien dirigeant RPR Philippe Séguin, dans un rapport sur l'évolution des effectifs de l'État entre 1980 et 2008.

Certes, Séguin et la Cour des comptes ne critiquent pas la volonté de réduire le nombre des fonctionnaires. Ils reprochent au contraire au gouvernement de ne pas supprimer assez de postes et, surtout, pas les postes qu'il faudrait. Cette méthode, commente la Cour des comptes, « récompense les mauvais élèves, ceux qui, du fond de la classe, résistent aux efforts de productivité » qui seraient nécessaires, selon elle.

Mais cette polémique interne à la droite permet tout de même de voir le bluff et la nocivité de la politique menée par Sarkozy et Fillon. Ceux-ci se vantent par exemple auprès de leur public d'avoir supprimé 75 000 postes de fonctionnaires entre 2006 et 2008. Mais 50 000 de ces postes ont en fait été externalisés et se retrouvent dans des agences publiques ou chez des opérateurs travaillant pour l'État. La perte globale d'emplois est moins forte que proclamée, mais ce sont tout de même 25 000 postes perdus. Et cela s'accompagne de la dégradation des conditions d'emploi et de salaire de ces nouveaux agents non fonctionnaires. De plus, désormais, les agences et opérateurs devraient eux aussi réduire leurs effectifs - et la grève récente des agents des musées parisiens montre qu'ils ne l'acceptent pas.

Ces chiffres prouvent en tout cas qu'il n'est pas si facile que cela de supprimer des postes de fonctionnaires, pour la bonne raison que les tâches qu'ils effectuent sont la plupart du temps indispensables au bon fonctionnement de la société.

On relève dans ce rapport qu'il y a actuellement 430 000 fonctionnaires de la Défense, sans doute moins utiles que les 1 108 000 de l'Éducation, jeunesse et sports. Ou encore 187 000 du ministère de l'Intérieur (non compris les polices municipales) : un policier pour 250 habitants ! Le rapport critique : « Le ministère de l'Intérieur juge qu'il n'y a toujours pas assez de policiers puisque la délinquance aurait augmenté de 30 % entre 1989 et 2006, tandis que les effectifs progressaient de 20 % ». Mais la conclusion qu'on peut aussi tirer de ces chiffres, c'est qu'augmenter le nombre de policiers, dans une période où des millions de jeunes en sont réduits pour vivre aux petits boulots ou à la débrouille, ne suffit manifestement pas à faire reculer la délinquance.

Mais cela, la Cour des comptes ne le dira pas.

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