Contre les bas salaires, les routiers ont raison de revendiquer09/12/20092009Journal/medias/journalnumero/images/2009/12/une2158.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Contre les bas salaires, les routiers ont raison de revendiquer

Les routiers salariés menacent de faire grève au moment des fêtes de fin d'année, si le patronat de leur branche ne cède pas à leurs revendications. Le gouvernement et les syndicats négocient, le ministre des Transports Dominique Bussereau espérant empêcher la grève annoncée pour le 13 décembre à 21 h 30. Celle-ci pourrait se traduire notamment par un blocage des plates-formes alimentaires, ce qui fait frémir la ministre de l'Économie et des Finances, Christine Lagarde, qui dénonce déjà une « menace » qui prendrait « les Français en otages ».

C'est renverser les rôles. Les preneurs d'otages sont le patronat et le gouvernement, qui ne cessent de dégrader les conditions d'existence des salariés. Cette grève annoncée semble d'ailleurs comprise par l'opinion puisque, selon un sondage paru mardi 8 décembre, « 73 % des Français jugent la grève des routiers justifiée ».

Les routiers sont un demi-million. Comme tous les salariés, ils sont confrontés à la dégradation des salaires et des conditions de travail. Ils dénoncent une précarité grandissante. « Énormément de gens sont embauchés pratiquement au salaire minimum (smic), autour de mille euros net, et ceux qui font des heures supplémentaires sont à moins de deux mille euros net », explique un représentant CFDT du secteur. Ils refusent donc « d'être sacrifiés sur l'autel de la crise, d'être exposés à tous les risques et à ce stress pour gagner le smic ».

Côté employeurs, c'est le bureau des pleurs. Les revendications salariales sont déclarées « irréalistes ». Selon les représentants du patronat du secteur, la crise aurait fait baisser leur activité de 10 à 15 % et causé la défaillance de 2 000 entreprises. Mais les patrons du transport routier ont déjà reporté ces difficultés sur leurs salariés en supprimant 10 000 emplois.

Pendant qu'ils y sont, les représentants des patrons dénoncent la « croisade verte » du gouvernement, qui se traduirait selon eux par une « pandémie fiscale » avec la taxe carbone et la taxe sur les poids lourds. Deux taxes annoncées l'une pour 2010 et l'autre pour 2012... et qui n'ont pas encore pu peser sur les comptes de ces patrons ! Mais, si la menace d'un conflit des routiers salariés pouvait leur permettre d'obtenir en compensation de nouveaux allégements de leurs impôts, ce serait tout bénéfice. Ils ont déjà réussi de telles manoeuvres dans de précédents mouvements des routiers salariés.

Le ministre des Transports a nommé des médiateurs et espère parvenir à un compromis sur les salaires, qui désamorcerait la grève. Pour l'instant, les syndicats demandent un salaire horaire brut de 10 euros (pour les coefficients les plus élevés), 4 % d'augmentation pour les cadres, 4 % pour l'augmentation des frais de déplacement, un 13ème mois pour tous, une grille d'ancienneté identique et une mutuelle de branche. Côté patronal, la Fédération nationale des transports routiers (FNTR) ne propose que des augmentations de 1,5 à 2 %, selon les coefficients horaires.

On verra ce qui sortira de ces négociations, mais beaucoup dans la profession n'ont certainement pas oublié que, dans le passé, des accords entre patrons et salariés n'ont pas été suivis d'application, notamment dans les petites entreprises du secteur. Autant dire que, pour être entendus, les routiers salariés devront d'abord compter sur leur propre mobilisation. Et même si les réveillons en étaient perturbés, un succès des routiers salariés serait un excellent cadeau pour l'ensemble du monde du travail !

Partager