Le procès Bettencourt : Dallas, en vrai !09/12/20092009Journal/medias/journalnumero/images/2009/12/une2158.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Le procès Bettencourt : Dallas, en vrai !

Le 11 décembre s'ouvrira le premier procès opposant Liliane Bettencourt à sa fille, Françoise. Cette dernière accuse sa mère de dilapider la fortune familiale en ayant offert à ses amis, et en particulier à l'un d'entre eux, plus d'un milliard d'euros sur les dix, ou plus, qu'elle détient.

Madame Bettencourt mère, héritière du groupe L'Oréal et détenant un gros paquet d'actions Nestlé, a expliqué à la justice que cette générosité, dont elle ne connaissait pas exactement le montant, n'écornait que fort peu ses avoirs. Elle a ajouté depuis, par avocat interposé, que sa fille qui veut la mettre en tutelle semblait bien pressée de toucher son héritage, faisant valoir qu'elle a bien le droit d'avoir des amis. D'autant plus qu'ils sont charmants et qu'eux, au moins, lui rendent visite.

L'affaire, qui pourrait prêter à sourire, est d'importance. Le juge Courroye, spécialiste ès affaires délicates et réputé proche du pouvoir, s'en est occupé. Les avocats les plus renommés sont engagés. La presse traite, avec tous les égards et toute la délicatesse que mérite la femme la plus riche de France, le linge sale de cette famille.

Mais le montant des sommes en cause, le parfait cynisme de la fille comme l'insouciance affichée de la mère, l'assurance chèrement rétribuée des avocats, la désinvolture du (presque) jeune artiste ami de la vieille dame, font penser à un épisode de Dallas, à une histoire de cinéma.

Il y a pourtant un lien matériel entre la fortune de Liliane Bettencourt et le monde réel. Il part des plantations de palmes, matière première de bien des savons, où les ouvriers sont quasiment en esclavage, jusqu'aux usines du groupe, dont l'effectif baisse alors que la productivité augmente. Il va des champs de pétrole jusqu'aux complexes pétrochimiques dont sont issues les bases des shampoings et autres cosmétiques, ainsi que les flacons qui les contiennent. Il passe par l'appareil à vendre des cheveux souples, des peaux sans rides et de la jeunesse éternelle, des ongles laqués et des lèvres rouges, parce que « vous le valez bien ». Il traverse aussi les gouvernements, car un groupe d'une telle ampleur, L'Oréal, première marque mondiale de cosmétiques, ne peut se construire et prospérer qu'à l'ombre de l'appareil d'État. Feu M. Bettencourt n'avait pas seulement épousé une riche héritière, il a aussi été ministre quasiment sans interruption, sous de Gaulle et Pompidou. Et aujourd'hui la gestionnaire de la fortune des Bettencourt est Florence Woerth, l'épouse du ministre du Budget.

Tout ce beau monde où valsent les milliards d'euros est ainsi construit sur l'exploitation de millions d'hommes.

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