« Les prolétaires font tout fonctionner »

12 Mars 2014

(...) Tout ce que la société crée, tout ce qui s'y passe relève d'une gigantesque chaîne de travail humain dont il est impossible de distinguer le début et la fin ou de dissocier la contribution des uns et des autres. C'est le fruit du travail collectif, le fruit d'une classe sociale, la classe ouvrière.

Car il n'y a pas de meilleur mot pour désigner dans un même ensemble tous ceux qui sont à la base de toutes les richesses. Sans la classe ouvrière, sans cette immense chaîne de travail manuel et intellectuel, le capital n'est rien. Sans leurs bras et leurs cerveaux, comment la société tournerait-t-elle ? Sans la classe ouvrière, la bourgeoisie n'existerait pas !

IL FAUT UNE RIPOSTE COLLECTIVE

Mais un seul travailleur, un travailleur pris isolément, n'est rien non plus sans l'ensemble de la classe ouvrière. C'est collectivement que les travailleurs peuvent peser. Tout travailleur en a fait l'expérience.

Que l'on soit ouvrier, employé, technicien ou ingénieur, on est subordonné, dépendant, soumis au bon vouloir du patronat. Pour être embauché d'abord, puis dès qu'il s'agit de demander quelque chose, que ce soit une augmentation de salaire, des jours de congé, un changement d'équipe ou de poste, c'est le patron qui décide et ordonne et, si l'on n'est pas content, il nous demande d'aller voir ailleurs !

Seuls, confrontés aux patrons, les travailleurs ne peuvent pas se défendre. Même une catégorie sociale, une corporation, coupée du reste de la classe ouvrière, ne fait pas le poids.

Dans une période faste, quand la bourgeoisie pouvait accroître facilement sa fortune, il lui est arrivé d'accorder des avantages catégoriels, « d'acheter » ceux dont elle avait le plus besoin, de privilégier les uns par rapport aux autres. Cela ne lui coûtait pas trop et cela avait le gros avantage de diviser les travailleurs, de monter les uns contre les autres,

Mais dans cette période de crise, il n'y a pas plus d'issue catégorielle qu'il n'y a d'échappatoire individuelle. La crise a décuplé l'agressivité et la cupidité de la bourgeoisie. Non seulement le grand patronat ne veut plus rien lâcher, mais il veut reprendre tout ce qu'il a cédé à un moment ou à un autre.

Il remet en cause les avantages particuliers, revient sur ce que certaines catégories croyaient être des acquis, avec d'autant plus de facilité que les travailleurs concernés sont une minorité et apparaissent aux yeux des autres comme des privilégiés. Mais les attaques de la bourgeoisie concernent, directement ou indirectement, tous les travailleurs. Personne n'y échappe et la réponse ne peut être que collective, à l'échelle de la classe ouvrière. (...)

Plus que jamais il est nécessaire qu'elle se fasse entendre en tant que telle, en tant que force sociale, en tant que force politique. (...)

LE DRAPEAU COMMUNISTE DU MOUVEMENT OUVRIER

Les intérêts de la classe ouvrière correspondent à ceux du plus grand nombre. Lutter pour les exigences fondamentales de la classe ouvrière, c'est se battre pour que la classe productive ne soit pas poussée vers la déchéance, c'est sauver ce que la société a de plus vital. C'est se battre pour la jeunesse, c'est se battre pour l'avenir de toute la société !

(...) Il y a 150 ans tout juste, en 1864, des militants fondaient l'Association internationale des travailleurs, proclamant la solidarité des travailleurs par-delà les frontières dressées par les bourgeoisies.

L'honneur du mouvement ouvrier conscient a été non seulement de faire en sorte que les exploités se battent pour leurs conditions d'existence, mais aussi d'avoir défendu des idées bien plus générales : celles de la critique radicale de la société capitaliste, de son caractère injuste, incontrôlable, anachronique ; celle de transformer cette critique en combat avec, comme objectif ultime, l'expropriation de la classe capitaliste et la disparition de la propriété privée des moyens de production, de l'exploitation et de la concurrence.

Le mouvement ouvrier a levé non seulement le drapeau de la défense des exploités, mais aussi le drapeau de la société communiste.

FACE À LA DÉGÉNÉRESCENCE DU PS ET DU PCF

Cette conscience a reculé au fil des décennies. D'abord parce que les premiers partis ouvriers, le Parti socialiste d'abord, puis le Parti communiste, ont fini par s'intégrer aux institutions de la bourgeoisie en tournant le dos aux perspectives révolutionnaires dont la classe ouvrière est porteuse.

C'est peu dire que ces partis ne combattent plus les pressions idéologiques de la bourgeoisie dans la classe ouvrière. Ils contribuent à les distiller eux-mêmes !

Aujourd'hui, le Parti socialiste ne prétend même plus représenter les intérêts des exploités. Il a bel et bien enterré toute idée de transformation sociale. Et il voudrait, comme le patronat, enterrer aussi les mots comme « exploités », « classe ouvrière », « lutte de classe », et surtout ne plus parler de conscience de classe.

Quant au Parti communiste, qui a gardé une influence plus grande, il a une responsabilité majeure dans la démoralisation des travailleurs et dans la perte de leurs repères. Faut-il rappeler que c'est le Parti communiste qui a fait de Mitterrand, homme politique bourgeois par excellence, un homme de gauche ? Faut-il rappeler que c'est le Parti communiste qui a redonné crédit aux dirigeants socialistes, rejetés par la population après avoir envoyé des centaines de milliers de jeunes mener une sale guerre coloniale en Algérie ?

Le PCF a ensuite usé son crédit pour soutenir le gouvernement Jospin. Et enfin il a permis, avec Jean-Luc Mélenchon, l'élection de Hollande, et ils s'en sont même vantés. Tout cela au nom de l'idée qu'il n'y aura point de salut, pour les travailleurs, sans l'arrivée de la gauche au pouvoir.

Pour arriver au gouvernement, les partis réformistes font toujours miroiter le changement. Au pouvoir, ils ont toujours continué la politique antiouvrière de la droite.

Tout cela ne pouvait que dégoûter, démoraliser un nombre croissant de travailleurs, à commencer par les militants ouvriers eux-mêmes, et en particulier par ceux du Parti communiste. Car c'était à eux que revenait la tâche de défendre l'indéfendable devant leurs camarades de travail ! C'était à eux que revenait le sale boulot de lanterner les travailleurs !

Combien de fois les ministres communistes se sont-ils retrouvés à justifier la rigueur salariale, les reculs des services publics, les privatisations, mettant en porte-à-faux les militants de leur propre parti ? Combien de ces militants se sont sentis trahis et ont abandonné l'activité militante ?

Loin de diffuser la conscience de classe, le PC a été le vecteur de l'électoralisme. Il n'y a rien de plus illusoire et de plus démoralisant. Il faut en tirer la leçon ! Il est vain d'espérer changer efficacement la vie des travailleurs par les élections. La seule voie véritablement efficace pour changer la vie est celle des luttes collectives des travailleurs contre le grand patronat capitaliste, pour lui contester la direction de l'économie.

SE FAIRE ENTENDRE DANS CES ÉLECTIONS

(...) Alors, au-delà de la politique politicienne, ces élections permettent aux travailleurs, aux chômeurs, à la jeunesse consciente du sort que le capitalisme lui réserve, de faire un geste politique sans ambiguïté.

Elles permettent d'affirmer la dignité ouvrière, la fierté d'appartenir à une classe sociale qui produit tout, qui fait vivre la société et qui représente la seule voie pour que la société reparte de l'avant. Alors, votez et faites voter pour les listes de Lutte ouvrière.

Un véritable parti ouvrier se développera, comme dans le passé, à travers bien des luttes, bien des grèves, bien des affrontements avec la bourgeoisie et son appareil d'État.

Mais toute lutte politique peut constituer un pas en avant dans la prise de conscience des travailleurs et dans le développement du courant qui donnera naissance au parti. Et les campagnes électorales sont des luttes politiques. Elles permettent au camp des travailleurs de se faire entendre et de se confronter aux partis de la bourgeoisie.

Extrait du discours de Nathalie Arthaud