Sarkozy et les grues du port de Marseille

05 Juin 2008

" Je crois à la réforme des ports. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Un grutier du port de Marseille travaille 2 000 heures par an. Un grutier du port de Barcelone ou un grutier du port d'Anvers travaille 4 000 heures par an ". C'est en ces termes que Sarkozy a pris pour cible les dockers français, mardi 20 mai à Orléans, après avoir parlé d'un chômeur de Melun qui se serait vu proposer " 63 offres d'emplois " en un an.

On commence à savoir que le président est capable de dire absolument n'importe quoi. Mais cette fois un simple calcul montre que pour travailler 4 000 heures par an, les grutiers d'Anvers et de Barcelone devraient, soit travailler sans discontinuer sept jours sur sept, 11 heures par jour, soit même travailler 18 heures par jour si l'on prend en compte les dimanches et les congés annuels...

Mardi 27 mai Guillaume Bazaille, conseiller de l'Élysée, a admis l'erreur, en l'expliquant ainsi : " Il a dit grutiers mais il fallait comprendre grues ". Sur le site internet de l'Élysée, ce discours d'Orléans est même maintenant reproduit avec le mot " grue " à la place de " grutier ". Et l'erreur ne serait pas si grave, car les chiffres sont tirés d'un rapport de juillet 2007 sur la " modernisation " des ports autonomes : les grues seraient bien en activité deux fois plus longtemps à Anvers ou Barcelone qu'à Marseille. Sauf que les chiffres cités dans ce rapport datent de 2000 et que les rapporteurs eux-mêmes parlent du " caractère partiel de ces informations et, selon leur origine, de leur manque de cohérence ".

Bref, des chiffres datés, peu cohérents et partiels, un rapport plus que discutable et un Sarkozy qui le présente à sa façon... Du moment que ça lui permet de faire une charge démagogique contre les travailleurs en général et en l'occurrence les dockers.

Cédric DUVAL