Union Naval Marseille (UNM) : Pirates capitalistes à l'oeuvre sur le port18/03/20092009Journal/medias/journalnumero/images/2009/03/une2120.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Union Naval Marseille (UNM) : Pirates capitalistes à l'oeuvre sur le port

La direction de l'UNM, Union Naval Marseille du groupe Boluda, vient d'obtenir la mise en liquidation judiciaire de cette entreprise de réparation navale lourde, la dernière à Marseille. Par cette décision, le tribunal envoie 130 salariés de la réparation navale au chômage. Au total, 500 travailleurs devraient être touchés, car la fermeture de l'UNM affectera aussi les sous-traitants de la réparation navale.

En 2006 le groupe Boluda avait obtenu des aides publiques lorsqu'il avait repris la CMR (Compagnie marseillaise réparations), en particulier la mise à disposition pour deux ans, autant dire gratuitement, des très grandes formes de radoub. Pour justifier trois ans plus tard cette liquidation, la direction invoque des pertes de sept millions d'euros en 2008. La CGT fait remarquer que l'UNM attend le paiement de sommes qui compensent en bonne partie ce déficit. En outre, le carnet de commandes serait plein jusqu'en 2011. Enfin, la direction oublie de préciser combien les actionnaires ont touché, combien d'aides publiques elle a engrangées.

De plus, le groupe Boluda se targue d'une santé florissante, avec une hausse de son chiffre d'affaires de 38 % en 2008. Il a acquis la flotte de remorqueurs portuaires et maritimes les Abeilles en 2007 et comporte d'autres activités, comme des chantiers de réparation et de construction navale, des compagnies maritimes, une compagnie aérienne, des agences de voyage.

Un groupe de cette dimension peut certes faire face aux problèmes allégués pour la fermeture de l'UNM. Et devant une telle opacité, il est clair que les travailleurs devraient contrôler eux-mêmes tous ces comptes afin de savoir ce qu'il en est et qui profite.

Il ne se passe guère d'années sans qu'une entreprise de la réparation navale dépose son bilan et qu'un repreneur se présente, tel un sauveur, moyennant des aides publiques. C'est ainsi que l'ancêtre de l'UNM, la Compagnie marseillaise de réparation, déposait son bilan en 1997. L'entreprise était reprise par Marinvest, filiale du groupe italo-suisse MSC, remplacée par le groupe britannique Cammel Laird, relayé en juillet 2002 par Claude Miguet jusqu'en septembre 2006, où l'entreprise après de longues tractations était reprise par Union Naval Barcelona du groupe espagnol Boluda, sous le nom de Union Naval Marseille.

En 1981, il y avait encore 3 000 travailleurs de la réparation navale sur le port, puis 521 en 1993, pour passer à 130 actuellement à l'UNM, en passe d'être licenciés. Il ne reste plus en fait qu'un noyau destiné à encadrer des travailleurs intérimaires ou sous-traitants employés en cas de besoin.

Qu'un grand port comme Marseille ait besoin d'un secteur de réparation navale lourde ne fait guère de doute. Mais ces groupes privés ne sont que des parasites, qui se contentent d'encaisser tout ce qu'ils peuvent avant de mettre la clef sous la porte et de licencier des travailleurs.

La réparation navale lourde utilise des formes de radoub du port, creusées sur fonds publics, notamment pour la réparation des ferries qui assurent un service public de transport. Elle devrait faire partie elle aussi du service public avec des travailleurs employés par l'État, comme le sont encore, pour l'instant, les travailleurs du Port autonome.

Du travail, quoi qu'en disent ces patrons, il y en a pour la réparation navale dans un port comme celui de Marseille-Fos. Et pas besoin pour cela de ces capitalistes, actionnaires aux moeurs de pirates.

Correspondant LO

Qui sont les voyous ?

La directrice de l'UNM a pris prétexte de mouvements de grève des ouvriers de l'UNM pour justifier le dépôt de bilan. Depuis janvier, coup sur coup, elle avait engagé des procédures contre sept d'entre eux qu'elle licenciait pour faute lourde, puis contre 42 autres. Les militants de la CGT du port et de la métallurgie ont organisé plusieurs manifestations, sur le port ou devant la préfecture et le tribunal de commerce, pour réclamer la réunion d'une table ronde. Pour s'opposer à la liquidation judiciaire, durant le week-end des 7-8 mars, les salariés ont retenu le cargo Girolata afin qu'il soit réparé à Marseille par l'UNM. Mardi 10 mars, au matin, les CRS sont venus en masse à la rescousse de la direction pour dégager le bateau.

Quant au patronat et aux politiciens locaux, ils déversent leur fiel. Une adjointe UMP au maire de Marseille déclarait ne pas accepter qu'« une poignée de syndicalistes vienne casser l'économie d'une ville. [...] Le gouvernement doit aller plus loin et s'il le faut fermer le port de Marseille pendant 45 jours [...] et que l'on soit débarrassé de ce choléra », tandis que pour le président de l'Union patronale des Bouches-du-Rhône, « la direction d'UNM a jeté l'éponge sous les exactions de voyous ».

Que ne parlait-il de ces patrons qui jouent les entreprises comme des cartes au poker-menteur, indifférents aux conséquences de leurs coups sur la vie des travailleurs !

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