Collège Jean-Lurçat (Saint-Denis - 93) : En grève !03/12/19991999Journal/medias/journalnumero/images/1999/12/une-1638.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

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Collège Jean-Lurçat (Saint-Denis - 93) : En grève !

Le collège Jean-Lurçat n'est qu'un petit établissement, de moins de 500 élèves. Peut-être pour cette raison, ou parce qu'il est entouré d'une petite zone pavillonnaire, on nous a toujours expliqué que nous n'étions pas dans une situation suffisamment critique pour exiger des moyens supplémentaires, voire que nous étions privilégiés.

Nous accueillons cependant surtout les enfants des grandes cités avoisinantes de Saint-Denis, qui sont loin d'être des privilégiés.

Il nous a fallu deux mois de grève il y a deux ans, dans le cadre du mouvement qui avait mobilisé les établissements de la Seine-Saint-Denis, pour obtenir d'être classés en zone d'éducation prioritaire.

Mais, ce classement ne s'est pas traduit par grand chose. Comme c'est la mode actuellement, on nous a alloué des crédits pour la mise en place d'une salle informatique, mais rien d'autre n'a changé.

Le collège continue de faire partie des établissements dits " Bender ", équivalent des collèges Pailleron, reconnus dangereux à cause des structures métalliques non conformes aux normes, et qui brûlent en quatre minutes.

Comme toutes les constructions de ce type, le collège est bourré d'amiante.

Bien des installations de ce collège ne sont pas conformes au normes de sécurité. Preuve en est l'accident qui s'est produit la semaine dernière à la cuisine, où une agent de service a été brûlée au visage par une brutale émanation de gaz à l'ouverture des brûleurs. Un tel accident avait déjà eu lieu, à la suite de quoi le Conseil général, qui finance l'équipement des collèges, avait été alerté, mais sans effet.

Sur cette question comme sur celle de la vétusté et de l'insuffisance des locaux, (leur démolition est paraît-il programmée depuis plus de dix ans), on a le sentiment qu'il faudra que le collège s'écroule de lui-même pour avoir droit à des installations décentes.

Nous nous sommes mis en grève le 26 novembre, indépendamment de tous ces problèmes, à la suite d'incidents nombreux entre les élèves, et d'agressions verbales répétées contre les professeurs.

Si ce climat de violence se développe y compris chez les plus jeunes des élèves, c'est bien sûr à cause de la dégradation importante des conditions de vie de leurs familles largement touchées par le chômage, mais aussi parce que du côté du ministère de l'Education nationale, et à tous les niveaux, on se fiche pas mal de ce qui se passe dans les établissements.

Ainsi, faute de personnel suffisant, il est courant que des élèves échappent à toute surveillance et en profitent pour perturber des cours qui ne sont pas les leurs, pour dégrader du matériel, se battre. Des surveillantes ont assisté impuissantes à un passage à tabac méthodique de jeunes élèves de 6e par des plus âgés dans les couloirs, au moment même où nous nous mettions en grève ! Les plus petits viennent réclamer qu'on les accompagne à la sortie parce qu'ils ont peur.

Des insultes graves, du genre " retourne dans ton bled " lancé à un collègue d'origine africaine, ou des menaces de " coups de boule " à une enseignante, n'ont pas valu aux élèves responsables de réaction particulière de l'administration, parce que, nous dit-on, ça ne sert à rien. De toute évidence, la consigne pour les chefs d'établissement est de ne pas faire de vagues. Il faut gérer, mais sans moyens. Ce qui signifie concrètement qu'on attend de nous aujourd'hui essentiellement que nous gardions les élèves dans l'enceinte du collège, pour éviter les problèmes à l'extérieur.

Cela n'est pas admissible. L'hypocrisie du ministère qui consiste à faire semblant de s'intéresser aux élèves en difficulté par quelques heures de soutien personnalisé, alors même qu'il est évident que les moyens minimaux pour faire cours ne nous sont pas donnés, est révoltante.

Nous sommes donc en grève reconductible, et exigeons d'urgence du Rectorat des moyens en personnels d'encadrement, et en heures d'enseignement supplémentaires, afin de pouvoir dédoubler les classes les plus difficiles.

À l'heure où le gouvernement prétend faire de la lutte contre le chômage une priorité, voilà des emplois qu'il est urgent de créer !

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