L'ennemi, est-ce la " mondialisation " ou le capitalisme ?03/12/19991999Journal/medias/journalnumero/images/1999/12/une-1638.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

L'ennemi, est-ce la " mondialisation " ou le capitalisme ?

De nombreuses manifestations ont eu lieu de par le monde à l'occasion de l'ouverture de la conférence de l'OMC. C'est à Seattle-même, le 30 novembre, que les manifestations semblent avoir été les plus importantes, paralysant tout le centre de la ville. A Paris, plusieurs milliers de personnes avaient manifesté quelques jours auparavant, le 27 novembre, à l'appel entre autres du collectif ATTAC, de la CGT, du PCF, des Verts et de la LCR.

On peut comprendre et partager les sentiments de nombre de ces manifestants, qui s'opposent à ce qui peut apparaître comme un symbole de l'ordre économique mondial et du cortège de catastrophes sociales qu'il entraîne. Mais à quoi s'opposent exactement leurs organisateurs ? Si la cible commune semblait être ce qu'il est convenu d'appeler la " mondialisation ", c'est là un terme bien vague qui recouvre bien des choses, et ne dit donc pas clairement contre quoi l'on se bat.

Dans ces manifestations, organisées contre l'OMC et la libéralisation des marchés, la plupart des slogans visaient en fait l'internationalisation de l'économie.

Or quel sens peut-il y avoir aujourd'hui à s'opposer à l'internationalisation de l'économie ? Cela fait plus d'un siècle que l'on peut parler d'un marché mondial, depuis que le capital des pays riches en quête de nouvelles sources de profits a étendu son emprise à l'ensemble de la planète.

Que cette internationalisation de l'économie se traduise, en particulier, par le pillage des pays pauvres, c'est un fait indéniable. Mais ce n'est pas un fait nouveau. La mise en coupe réglée du Tiers Monde a commencé bien avant que les puissances impérialistes aient la volonté de former l'OMC, et sous des formes tout aussi brutales que ce que l'on connaît aujourd'hui. Et si l'OMC devait disparaître demain, ce pillage continuerait, parce que c'est la forme normale de fonctionnement du capital.

Aujourd'hui l'internationalisation de l'économie, sous l'égide des Etats capitalistes les plus puissants, est un fait. Vouloir s'y opposer, au nom d'idées protectionnistes teintées de nationalisme, c'est risquer de dériver vers des objectifs franchement réactionnaires. Ce n'est d'ailleurs pas par hasard si, à Seattle, on pouvait trouver unis sur ce terrain aussi bien des groupements nationalistes du Tiers Monde que les dirigeants du syndicat automobile américain UAW, qui n'a pas hésité à organiser des opérations punitives contre les propriétaires américains de voitures japonaises dans les années 1980. Car, pour les uns comme pour les autres, leur opposition à l'internationalisation prétend faire converger les intérêts des populations avec ceux de leur bourgeoisie nationale.

Il y avait au nombre des manifestants anti-OMC ceux qui l'accusent d'être, au même titre que d'autres organismes de l'impérialisme comme le Fonds Monétaire International, responsable de la déréglementation économique et, partant, des désordres spéculatifs de ces dernières années et de la dégradation sociale qui sévit aussi bien dans les pays riches que dans les pays pauvres. Parmi eux, on trouve les partisans d'une réglementation des marchés financiers (en particulier, comme ATTAC, sous la forme d'une taxation de la spéculation) et plus généralement de tous les aspects de l'économie capitaliste.

Or ce n'est pas une taxe sur la circulation des capitaux et la spéculation qui peut mettre fin à celles-ci. Même si les Etats capitalistes se mettaient d'accord sur son principe - et on ne voit pas pourquoi et comment ils pourraient le faire -, cela n'arrêterait ni la spéculation ni la circulation des capitaux ni non plus leurs effets désastreux pour les populations.

Dans tous les cas, cette vision d'un capitalisme " régulé " n'est qu'une forme de réformisme, revu et corrigé à la mode des temps qui courent, mais tout aussi illusoire.

Nous sommes pour l'internationalisation de l'économie. Car c'est sur la base d'une telle internationalisation, et sur cette base seulement, que le prolétariat pourra finalement faire accoucher le capitalisme d'une nouvelle société, une société communiste basée, elle, non sur l'anarchie du profit, mais sur la planification rationnelle de la production dans l'intérêt et sous le contrôle des populations, ce qui ne peut se faire qu'à l'échelle de toute la planète.

Et c'est pourquoi au lieu de combattre cette internationalisation de l'économie ou l'OMC, il faut se donner comme objectif de mettre à bas ce système capitaliste, en commençant par combattre les patrons et les capitalistes qui ne sont pas à Seattle, mais ici, en France, directement à notre portée.

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