Venezuela : le régime chaviste annonce un plan d’austérité

24 Février 2016

Acculé par la diminution de la rente pétrolière, le successeur de Chavez, Nicolas Maduro, a annoncé le 17 février un plan d’austérité avec hausse du prix de l’essence, dévaluation de 58 % du bolivar, la monnaie locale, mais aussi augmentation des minima sociaux.

Comme d’autres pays producteurs de pétrole, le Venezuela est victime de la chute du prix du baril, tombé de 100 à 30 dollars. Toute l’économie dépend de la rente pétrolière, et d’abord les programmes sociaux qui ont fait la réputation du gouvernement d’Hugo Chavez.

Le lendemain de la déclaration de Maduro, la Banque centrale indiquait que l’inflation était de près de 181 % (mais le FMI l’estime quatre fois plus forte) et que le produit intérieur brut avait reculé de près de 6 % pour la deuxième année consécutive. Quant au ministre de l’Économie, il a été remercié un mois après sa nomination et remplacé par l’ex-dirigeant de la Fédération des petites et moyennes industries, rallié au chavisme.

Le prix de l’essence, gelé depuis 1999, la rendait quasi gratuite. Le 1er mars prochain, le prix de l’essence ordinaire sera multiplié par dix et celui du super par soixante. L’essence ordinaire va passer de 0,07 à 1 bolivar et le super de 0,097 à 6 bolivars. Maduro a expliqué qu’actuellement distribuer le carburant coûte davantage à l’État que ce que cela lui rapporte.

Avec la dévaluation prévue, le dollar va officiellement coûter 10 bolivars, et bien plus au marché noir. C’est dire que, malgré l’augmentation, l’essence restera encore bon marché, ce qui ne rassure pas la population qui fait la queue pour acheter l’essence à l’ancien prix.

Crise de la rente pétrolière

Depuis plus de deux ans, le régime se débat dans la crise engendrée par la baisse de la rente pétrolière. La rente permettait de financer les divers programmes sociaux, santé, éducation, logement et même de remplir les rayons des grandes surfaces alimentaires. Avec le rétrécissement de la rente, les produits de première nécessité, farine, riz, café et médicaments manquent, car l’État n’arrive plus à payer ses fournisseurs.

Depuis décembre dernier, l’opposition, qui réunit la droite et les partisans d’un capitalisme sans entraves, contrôle les deux tiers de l’Assemblée nationale et cherche à destituer le président. Elle estime que le plan d’austérité, qui devrait rapporter 700 millions d’euros à l’État, arrive trop tard.

Depuis toujours, l’opposition reproche au gouvernement chaviste d’avoir dilapidé l’argent en programmes sociaux au détriment de la modernisation de l’appareil économique car, représentant les nantis écartés du pouvoir depuis 1999, elle se moque bien du sort des classes populaires et des efforts du régime pour réduire un peu les inégalités.

Le régime chaviste, lui, craint non seulement cette opposition de la droite mais aussi que le mécontentement de la population, y compris de ceux qui furent jusqu’à ces derniers temps ses soutiens, ne débouche sur des émeutes comme le pays en a connu, en 1989, quand le gouvernement d’alors, étiqueté « socialiste », avait annoncé une forte hausse des prix des transports ; émeutes réprimées alors dans le sang. C’est aussi pourquoi Maduro a augmenté de 20 % le salaire minimum, les retraites et les bons alimentaires.

Quand la droite et les capitalistes tentaient de les renverser, avec l’appui des États-Unis au début des années 2000, les chavistes avaient réussi à s’appuyer sur la population pauvre et une partie de l’armée, neutralisant ainsi l’opposition de droite. Mais maintenant que les difficultés inhérentes au capitalisme ressurgissent, celles-ci pourraient bien finir d’aliéner les soutiens populaires des chavistes. Ces derniers payeraient alors d’avoir imaginé qu’on peut s’affranchir des contraintes économiques sans s’attaquer radicalement au système capitaliste.

Jacques FONTENOY