Française de mécanique - Douvrin (Pas-de-Calais) : Une régression sociale à combattre23/07/20142014Journal/medias/journalnumero/images/2014/07/une2399.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Française de mécanique - Douvrin (Pas-de-Calais) : Une régression sociale à combattre

Un an après la signature, par la CFDT, la CFTC et la CGC, d'un accord de performance industrielle, qui est surtout un accord de régression sociale accompagné d'un chantage à l'emploi, la situation des travailleurs de la Française de mécanique de Douvrin, qui fabrique des moteurs PSA et Renault, continue de s'aggraver.

La direction de l'entreprise déclare que la production remontera d'ici deux ou trois ans, après l'arrivée d'un nouveau module de moteur, et qu'en attendant il faut faire le dos rond. Mais, au nom de cette promesse, qui ne vaut pas grand-chose car d'autres productions sont en chute libre, on impose aux travailleurs une véritable dégradation de leurs conditions de travail et de vie.

Cet accord a annoncé une chute brutale de plus d'un tiers des 3 000 emplois en deux ou trois ans. Pour accélérer la baisse de l'effectif, la direction a mis en place un plan d'accompagnement pour ceux qui seront en retraite d'ici un ou deux ans (trois ans pour les salariés reconnus handicapés).

Le précédent plan de départs anticipés, il y a quelques années, était quasiment fermé aux ouvriers et avait permis à de nombreux cadres, y compris le directeur, de toucher de très confortables indemnités. Aujourd'hui, le congé senior n'est payé qu'à 70 % du salaire net, avec un minimum à 1 386 euros, et bien des salariés hésitent à partir avec une paye au rabais, malgré la terrible envie de se sauver de cette usine.

De plus, pour accélérer encore les départs, la direction encourage la recherche du travail ailleurs, avec y compris l'aide de... Pôle emploi, qui a maintenant ses entrées dans l'usine. On affiche même des recruteurs comme Crit intérim qui, comme son nom l'indique, propose des contrats précaires au lieu des actuels CDI !

Pour ceux qui n'ont pas décidé de partir dans ces conditions, ou sont encore loin de la retraite, ce plan a entraîné une importante dégradation des conditions de travail. En premier lieu, les revenus de tous les salariés ont baissé : blocage des salaires pendant trois ans, disparition de certaines primes, chômage partiel (de un à cinq jours par mois, voire plus, payés à seulement 70 % du brut), des heures supplémentaires obligatoires annoncées deux heures avant la fin de poste pour garantir la production, des séances allongées de deux heures obligatoires pendant plusieurs jours, des samedis obligatoires. Bien souvent l'augmentation du nombre des heures de travail n'est pas payée et ces heures sont mises sur une banque d'heures que seule la direction maîtrise. Tous ces horaires fous, modifiés régulièrement, ne permettent plus aux salariés de prévoir à l'avance leur week-end (travail du samedi ou non), leur heure d'arrivée ou de sortie de poste, ou même leurs congés. À cela s'ajoute la diminution des temps de pause qui rend les journées plus fatigantes et réellement exténuantes quand il y a des heures supplémentaires.

Pour faire face aux pannes de machines ou aux ruptures de stock qui ont retardé la fabrication, la direction impose d'allonger les journées à l'usine ou le travail le samedi, au seul prétexte de ne laisser aucune production à quai ou de faire partir les camions remplis.

Ce sont ces abus réguliers qui ont provoqué les premières réactions au montage du pôle Renault, contre une demi-heure obligatoire, la pression et le manque d'effectif. Dans l'atelier du nouveau moteur (EB), des salariés se sont aussi regroupés pour aller protester auprès de leur cadre contre les horaires obligatoires, contre le pont de l'Ascension qui avait sauté à la dernière minute, les deux heures obligatoires pendant le mois d'avril pour que l'atelier fonctionne quand des journalistes passaient, suivies de chômage partiel le mois suivant...

Si ces petits mouvements ne sont pas encore largement suivis par d'autres, les paies qui diminuent, les horaires qui sont bouleversés ou se rallongent, les mobilités internes qui s'intensifient sont autant d'ingrédients qui pourraient faire que le ras-le-bol éclate. Et la direction fera peut-être déborder le vase elle-même, par son mépris quotidien vis-à-vis des travailleurs.

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