Carrefour : la location-gérance, manœuvre contre les travailleurs

25 Octobre 2023

Le groupe Carrefour vient d’annoncer le passage en location-gérance de 37 nouveaux magasins, 16 hypers et 21 supermarchés. Cela concerne près de 4 000 travailleurs, que le patron voudrait sortir des effectifs, à la suite de 23 000 autres depuis 2018.

Entre 2018 et 2023, 268 magasins, 64 hypers et 204 supermarchés, ont changé officiellement de propriétaire. La nouvelle liste s’ajoute aux précédentes. La location-gérance est un tour de passe-passe qui, outre le fait de changer leur employeur, fait perdre aux travailleurs concernés l’équivalent de deux mois de salaire sur l’année, avec la perte des accords d’entreprise groupe. Car, avec ce changement, ce n’est plus Carrefour l’employeur, mais la société gérante du magasin, à charge pour le nouveau patron, souvent un ancien cadre du groupe, de le rentabiliser au maximum. En réalité, le véritable patron est toujours Carrefour, qui reste propriétaire du fonds de commerce et des murs du magasin, encaisse une redevance et un loyer de la part du gérant, et surtout fournit en exclusivité, via sa centrale d’achat, tous les produits vendus dans les magasins, comme dans tous ceux que le groupe détient en propre.

Alors, pourquoi un tel changement ? Avec, à ce jour, 305 magasins et 23 000 salariés passés en loca­tion-gérance, ce sont autant de salaires en moins à payer pour Carrefour. Cette réduction importante de la masse salariale contribue à l’accroissement record des marges bénéficiaires du groupe et des dividendes exceptionnels empochés par ses richissimes actionnaires, à commencer par le milliardaire Arnault, patron de LVMH, et la famille Moulin, propriétaire des Galeries Lafayette.

Les travailleurs ont raison de voir dans l’instauration de la location-gérance une menace et une attaque. Avec cette manœuvre, le patron veut les séparer les uns des autres, aggraver leurs conditions de travail et de rémunération, en se donnant les moyens d’opérer sa manœuvre magasin par magasin. Pour faire face au patron, la force des travailleurs est dans leur nombre : ils sont près de 30 000 à être concernés. La seule chose que le patron puisse craindre est leur réaction collective.

Philippe Logier