Crise alimentaire mondiale : Spéculation et volatilité des prix12/01/20112011Journal/medias/journalnumero/images/2011/01/une-2215.gif.445x577_q85_box-0%2C10%2C169%2C230_crop_detail.png

Dans le monde

Crise alimentaire mondiale : Spéculation et volatilité des prix

Quatre-vingts pays, dont ceux du Sahel, seraient, selon le rapporteur des Nations unies à l'alimentation, dans une situation très dangereuse de déficit alimentaire en raison de la nouvelle flambée des prix des denrées.

La situation serait comparable à celle qu'a vécue en 2008 la population d'une trentaine de pays pauvres, où des émeutes de la faim s'étaient déroulées, notamment en Egypte, au Maroc, en Indonésie, aux Philippines, en Haïti, au Nigeria, au Cameroun, en Côte d'Ivoire, au Mozambique, en Mauritanie, au Sénégal, au Burkina Faso, à la suite d'une flambée des prix de certains produits de base. Actuellement, les pays les plus menacés seraient le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger, où des millions de personnes sont menacées de famine, le Sénégal et le Tchad. Le manioc a augmenté de 80 % en République démocratique du Congo, alors qu'il constitue plus de la moitié des apports caloriques de la population, et les oignons, denrée de base de l'alimentation en Inde, ont vu leur prix multiplié par trois ou quatre.

Sont en cause les prix des produits agricoles, notamment ceux du maïs et du blé qui n'ont cessé de s'envoler depuis le mois d'août. L'indice global des prix des produits agricoles de base (céréales, viande, sucre, oléagineux, produits laitiers) évalué par la FAO - l'organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture - est actuellement particulièrement élevé. Et rien ne semble devoir inverser cette tendance, bien que les stocks mondiaux aient été reconstitués dans les deux dernières années. Malgré la sécheresse et les incendies en Russie, malgré les inondations en Australie, il n'y a pas de pénurie de céréales dans le monde. Il y aurait largement, c'est connu, de quoi nourrir les milliards d'habitants de la planète.

Mais c'est compter sans la spéculation qui depuis longtemps, à partir de la sphère des monnaies, des produits financiers et même des métaux, a gagné le domaine des denrées alimentaires. Ainsi, note le rapporteur de l'ONU : « Lorsque des informations sur des incendies en Russie, une canicule en Ukraine, des pluies trop fortes au Canada ou autres s'accumulent, certains opérateurs de marché préfèrent ne pas vendre tout de suite, tandis que les acheteurs cherchent à acheter autant que possible. Si tout le monde fait ça, les prix augmentent. »

Il souhaiterait donc « plus de transparence » sur des marchés où « 92 % des opérations se déroulent dans l'opacité ».

Ces voeux pieux n'auront sans doute pas plus d'effet sur l'alimentation du milliard de femmes, d'hommes et d'enfants qui souffrent de la faim pour des raisons parfaitement connues, analysées et commentées, que les danses de la pluie dans les régions de sécheresse. Leur colère, et celle de leurs frères un peu mieux lotis du Nord, serait largement plus efficace.

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