Transport maritime par conteneurs : la régulation par la crise

26 Août 2009

Crise oblige, le commerce international continue à décroître. Au premier trimestre le trafic des ports européens a diminué de 15 % (22 % pour les conteneurs) par rapport à la même période l'an passé.

Cette baisse du trafic a conduit les armateurs à réduire leur offre de transport et à mettre à l'arrêt entre trois et quatre cents navires porte-conteneurs, soit presque dix pour cent de la flotte mondiale. Par exemple la CMA CGM, troisième compagnie maritime au monde avec 400 bâtiments, a résilié les contrats de cinquante de ses navires affrétés. De même que l'industrie commence par licencier les intérimaires, les armateurs licencient les marins des navires affrétés, c'est-à-dire loués, équipages compris. Plus de 10 % des marins employés par la CMA CGM se retrouvent à quai, quelque part aux Philippines, en Indonésie ou ailleurs.

Les navires inemployés, dont beaucoup n'ont pas cinq ans d'âge, sont donc à l'ancre, dans les ports d'Asie, et servent pour l'instant de barges de stockage pour conteneurs inutilisés.

Les armateurs, dont les trois premiers représentent 35 % du marché mondial, se livrent depuis des années à une concurrence féroce et à une course à la taille, le coût de revient par conteneur étant d'autant plus petit que le navire est grand. Cette course était fondée sur les possibilités nouvelles offertes par le transport par conteneurs. Depuis quarante ans cette technique a rationalisé le travail sur les ports, permis aux armateurs et transporteurs d'augmenter leurs marges en licenciant des centaines de milliers de dockers de par le monde. Elle a également conduit à l'accroissement de l'exploitation des travailleurs d'Asie par les capitalistes du textile, du jouet, de l'électronique, de tout ce qui peut se « conteneuriser », transformant des dizaines de millions de paysans chinois en prolétaires.

Mais cette course au profit était aussi et surtout assise sur la croissance de la demande américaine en biens de consommation, elle-même reposant sur le crédit, c'est-à-dire sur du vent.

C'est un exemple de la stupidité du fonctionnement anarchique de l'économie capitaliste, fondée sur la seule recherche du profit, se heurtant aux limites du marché solvable quand bien même les besoins réels ne sont pas satisfaits. Les travailleurs et les marins de tous les pays, ouvriers de tous les ports et de tous les chantiers navals, rivés à la même chaîne d'absurdité, en font les frais.

Paul GALOIS