Aéroports paralysés : Une pagaille très prévisible31/12/20102010Journal/medias/journalnumero/images/2010/12/une-2213.gif.445x577_q85_box-0%2C8%2C173%2C232_crop_detail.png

Leur société

Aéroports paralysés : Une pagaille très prévisible

400 vols annulés à Roissy-Charles-de-Gaulle, des centaines de passagers contraints de passer la nuit à l'aérogare... Eh oui, il a encore neigé en région parisienne pour Noël. Et, bien que ce ne soit ni une surprise ni la première fois de la saison, cela a encore provoqué une « incroyable pagaille » selon le titre du Parisien du 25 décembre.

Interviewé sur France-Inter, le secrétaire d'État aux Transports, Thierry Mariani, y est allé d'un gros mensonge en guise d'explication. Tout cela aurait été dû à une pénurie de glycol, ce produit que l'on pulvérise sur le fuselage et les ailes des avions pour éviter qu'il ne s'y forme de la glace, une pénurie provoquée, prétendait le sous-ministre, par une grève dans une usine chimique qui produit ce dégivrant.

Pas de chance pour lui, la société ainsi montrée du doigt a fait savoir qu'elle n'y était pour rien, n'ayant pas les aéroports parisiens pour clients. Mais pour Mariani, qui devait attendre un pareil démenti, l'important était de donner le change sur les véritables responsables de la situation.

Car pendant que les médias partaient sur la piste du glycol, dont Mariani finit par reconnaître que « Roissy n'avait jamais été en pénurie », on ne parlait pas d'autre chose.

Par exemple, des dizaines de milliers de bagages égarés que les passagers n'ont parfois pas retrouvés une semaine après. En quoi le manque de glycol en serait-il la cause ? Même chose quand, cité par Le Parisien, le directeur de Roissy déclarait qu'il « faut trente minutes pour déneiger une piste longue de 3 ou 5 km », sans préciser combien de personnel et d'engins seraient nécessaires pour aller plus vite. Et c'est bien toute la question.

Car les aéroports de la région parisienne, gérés par ADP, une ancienne société publique devenue société anonyme, n'échappent pas à la ravageuse course aux économies qui frappe tout ce qui assure un service public.

Tous les secteurs aéroportuaires sont soumis à cette pression. ADP voit fondre ses effectifs propres car ses missions sont de plus en plus sous-traitées à des sociétés privées qui, pour remporter les marchés et satisfaire leurs actionnaires, réduisent toujours plus leurs effectifs et versent des salaires alignés sur le smic. Même quand certains cadres d'ADP en déplorent les effets désastreux, ils savent aussi que leur prime de fin d'année, voire leur place, dépend des objectifs de réduction de coûts qui leur sont fixés. Le glycol ? On en stocke le moins possible, et on travaille en « flux tendu » pour éviter d'immobiliser de l'argent. Les tableaux d'effectifs ? Ils fondent plus vite que la neige, mais il faudrait quand même organiser le travail dans ces conditions !

Quant aux intérimaires et aux CDD présents quand la saison touristique bat son plein, ils sont renvoyés dès la fin de l'été. En temps normal, cela provoque une pénurie permanente de personnel. Mais dès qu'un grain de sable, ou un flocon, vient aggraver la situation, cela vire à la désorganisation à grande échelle d'aéroports accueillant des centaines de milliers de personnes.

Car les « épisodes neigeux » de ces dernières semaines n'ont pas seulement gêné les décollages et atterrissages, mais aussi empêché des salariés des zones aéroportuaires de venir y travailler, les deux facteurs se combinant.

Du coup, à Roissy, on a vu des gens devoir travailler sept jours d'affilée. D'autres, qui avaient été d'équipe de nuit, étaient rappelés à midi de toute urgence. Cela pour faire face non pas à l'imprévu, mais à des tâches prévues ou prévisibles. Par exemple, quand on annule un vol, comme ces derniers jours, sur des destinations dites sensibles (Amérique du Nord, Moyen-Orient), les compagnies exigent que l'appareil soit sécurisé la nuit. Mais où trouver le personnel pour cela alors qu'il manque partout ?

À Roissy, les allées des parkings et celles qui relient les zones où travaille le personnel n'ont souvent pas été déneigées, faute de personnel, et ont verglassé, provoquant des accidents. Dans certains cas, les chefs font pression sur les nouveaux embauchés, les précaires, les jeunes les plus mal payés auxquels on fait miroiter la possibilité de gagner quelques sous en plus. Des compagnies, comme Air France, elles, font appel à des volontaires et à des cadres de divers services pour qu'ils s'occupent aussi des passagers en panne de vol et ne sachant plus à quel saint se vouer.

Mais même cela ne réussit qu'un temps à cacher la misère en personnel, ne serait-ce que parce que la résistance physique de ceux qui sont censés pallier la politique d'économies d'ADP, des compagnies et de leurs sous-traitants, a des limites.

La seule chose qui n'a pas de limite, c'est la capacité à mentir et à jeter un écran de fumée sur cette réalité-là de la part de ceux qui siègent au gouvernement ou à la tête des sociétés aéroportuaires.

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