À propos du conflit Russie-Géorgie : Fini, Yalta ? Rien de moins sûr03/09/20082008Journal/medias/journalnumero/images/2008/09/une2092.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

À propos du conflit Russie-Géorgie : Fini, Yalta ? Rien de moins sûr

Près d'un mois après l'attaque de la Géorgie contre sa province séparatiste d'Ossétie du Sud et la riposte de la Russie, instituée protectrice de ce territoire qui lui est frontalier, certains journaux commencent à laisser entendre que le pouvoir géorgien ne serait pas l'agneau sans défense que l'on nous a présenté. En tout cas, avant même le conflit, il avait été aidé financièrement, matériellement et humainement par les États-Unis dans son bras de fer avec la Russie.

Celle-ci joue en effet, partout où elle le peut dans l'ex-Union soviétique (Géorgie, Moldavie, Haut-Karabakh, Ukraine notamment), de forces séparatistes ou de mouvements nationaux susceptibles d'affaiblir les régimes en place afin, sinon de les renverser, du moins de les inciter à composer avec le Kremlin.

Mais depuis au moins l'effondrement et la disparition de l'URSS, fin 1991, les États-Unis mènent à la même échelle une offensive, tantôt larvée, tantôt ouverte, visant à faire passer dans leur sphère d'influence le plus grand nombre d'États issus de la décomposition de l'URSS.

C'est ainsi qu'en 1997 Washington a directement patronné la création du GUAM (acronyme de Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan, Moldavie), une union d'États ayant rapidement manifesté leur volonté de s'éloigner de Moscou. En Asie centrale ex-soviétique, les États-Unis ont agi de même, avec des succès divers selon les pays. Mais avec comme résultat qu'ils ont pu y installer des bases militaires, dont certaines leur servent de base arrière pour aller bombarder l'Afghanistan.

En Ukraine, dont la population reste largement opposée à l'adhésion du pays à l'OTAN, même selon les sondages officiels, il a fallu des manifestations importantes, il y a deux ans, pour que les autorités renoncent à des manoeuvres navales conjointes avec les forces de l'OTAN. Cela à proximité d'une Crimée qui, administrativement ukrainienne mais surtout peuplée de Russes, abrite la flotte russe de la mer Noire.

Depuis 2004, avec la venue au pouvoir en Géorgie du président Saakachvili, des conseillers militaires américains y disposent de bases pour entraîner les forces spéciales locales, dans le cadre d'une assistance présentée comme dirigée contre le " terrorisme ". Est-ce pour lutter contre celui-ci que les États-Unis et leurs alliés (Grande-Bretagne, Israël, Grèce, Turquie, etc.) ont en quelques années livré à la Géorgie des centaines de chars, d'engins blindés, de lance-missiles et de pièces d'artillerie ?

En tout cas, ce matériel a largement servi contre l'Ossétie du Sud. Quant aux " conseillers " militaires américains, ils auraient, selon certains journaux, non seulement incité Tbilissi à passer à l'offensive, mais certains auraient participé aux combats contre les milices ossètes et les casques bleus russes de la force d'interposition. Voire contre les soldats russes envoyés à la rescousse.

Et cet été, la secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice s'est rendue à Varsovie pour finaliser l'accord avec la Pologne sur l'installation de missiles, officiellement pointés sur ce que Bush appelle les " États-voyous " (Iran, Corée du Nord), mais installés... aux portes mêmes de la Russie.

Alors à Bruxelles, quand Sarkozy s'est exclamé : " Yalta, c'est fini ! ", il se peut qu'il ait provoqué un grand éclat de rire outre-Atlantique. À Yalta, en février 1945, l'URSS avait négocié avec les États-Unis et la Grande-Bretagne le partage de zones d'influence dans l'Europe ravagée par la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui, l'URSS a disparu depuis bientôt dix-sept ans. Mais pas l'OTAN, cette alliance militaire créée autour de Washington en 1949 et dirigée ouvertement contre l'URSS. Ni la volonté de la première puissance impérialiste, les États-Unis, d'étendre sa sphère d'influence partout où elle le peut, notamment au détriment de la Russie.

Tout particulièrement dans le Caucase ex-soviétique, avec la peau des Ossètes, des Géorgiens, des Russes ou d'autres, pourvu que le pétrole, qui y coule à flots, irrigue les profits des grandes compagnies pétrolières.

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