Série noire pour cause d'erika25/02/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/02/une-1650.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

Série noire pour cause d'erika

Les dommages provoqués par la marée noire continuent. Il n'y a pas que les oiseaux qui souffrent et les plages qui sont salies. Tous ceux qui vivent en récoltant les produits de la mer voient leurs revenus baisser. C'est vrai pour les pêcheurs et pour ceux qui récoltent des coquillages.

Parmi ceux-ci, les ostréiculteurs, dont une grande part de l'activité est liée aux fêtes de fin d'année, ont été tout particulièrement touchés. La grande majorité d'entre eux, comme c'est le cas de tous ceux qui vivent des produits de la mer, n'ont pas de moyens financiers qui pourraient leur permettre d'attendre que les choses s'arrangent. Qu'ils vendent leur production aux grandes surfaces et à des grossistes ou qu'ils prennent le temps d'aller sur les marchés, ils dépendent directement de ces recettes.

En majorité, ce sont des entreprises familiales de deux ou trois personnes. Un premier coup dur a eu lieu quand les grandes surfaces ont réduit pour cause de marée noire leurs commandes pour le réveillon du 31 décembre. En effet tous les producteurs concernés ont eu à subir cette chute : ceux qui élèvent les huîtres dans les zones polluées par le pétrole de l'Erika comme les autres. Cette baisse des commandes s'est située entre 5 et 20 %. Mais il y a eu des baisses de commandes allant jusqu'à 90 % !

Depuis, la situation ne s'est pas arrangée. L'annonce des fuites de l'Erika, les constats de nouvelles pollutions sur les plages, les rumeurs sur les dégazages que certains pétroliers s'autoriseraient sans vergogne au compte de l'Erika, n'encouragent pas à manger des huîtres. Les commandes de la grande distribution ont maintenant chuté de 50 %.

Même si la zone polluée ne concerne que 5 % de la production d'huîtres, tous les producteurs de la côte atlantique en sont victimes. Ceux qui viennent de s'endetter, ceux qui n'ont pas de trésorerie, sont sur la corde raide et il n'est pas exclu que certains soient contraints au dépôt de bilan ou au redressement judiciaire. Ils n'ont plus les moyens de faire face aux échéances des factures ni d'acheter le naissain (jeunes huîtres) nécessaire pour élever de nouvelles générations d'huîtres.

L'Etat ne s'est pas encore engagé de façon précise, et il n'est pas question qu'il revienne sur la loi votée en 1992 qui dégage les compagnies pétrolières de toute responsabilité concernant le transport maritime des produits pétroliers.

Le Fipol (le fond d'indemnisation des pollutions par hydrocarbure), quant à lui, a promis 1,2 milliard de francs pour indemniser les communes, les pêcheurs, les producteurs de coquillages, les activités touristiques. Pour accéder aux indemnisations, peut-être dans trois ans, il faudra se payer un dossier d'évaluation. Tout cela pour, en fin de course, toucher un chèque qui risque fort de ne pas être à la hauteur. Les pétroliers ne sont pas pressés !

Le groupe Total-Fina, lui, n'a rien à dire. Il est sans doute trop occupé à gérer les profits qu'il amasse en ce moment alors que le prix du pétrole flambe.

Bien des producteurs ressentent de la rancoeur et pour quelques-uns, c'est le désespoir. Mercredi 16 février, ils étaient 500 à manifester leur inquiétude à Paris. Ils auront à se faire entendre plus fort, avec tous les travailleurs de la mer, s'ils veulent imposer au trust Total-Fina qu'il paie pour les dégâts qu'il a causés.

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