Autriche : Contre Haider, l'opposition dans la rue25/02/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/02/une-1650.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans le monde

Autriche : Contre Haider, l'opposition dans la rue

En Autriche, entre 150 000 personnes selon les chiffres de la police et 250 000 selon les organisateurs, ont manifesté contre le parti d'extrême droite que dirige Jörg Haider. Aux associations qui militent contre la xénophobie, le racisme et le fascisme, se sont joints les syndicats et le Parti Social-Démocrate, entré de fraîche date dans l'opposition au gouvernement. Des défilés ont aussi eu lieu dans plusieurs pays d'Europe, dont la France.

Que l'extrême droite ait accédé au pouvoir à Vienne de façon légale ne la rend pas moins nocive pour les travailleurs et les fractions les plus déshéritées et opprimées de la population. Cette association de l'extrême droite au gouvernement rend la situation lourde de nouvelles menaces, en particulier pour les immigrés. L'Autriche est certes un pays où le niveau de vie reste parmi les plus élevés en Europe, où le taux de chômage officiel est deux fois plus bas qu'en France, mais les travailleurs immigrés y ont déjà la vie dure. Un quart des Turcs et un cinquième des Croates et des Bosniaques vivent en dessous du seuil de pauvreté (contre un vingtième de la population de nationalité autrichienne). Les salariés étrangers doivent cotiser à un fonds qui sert à financer des logements sociaux... mais ils n'ont pas le droit d'en bénéficier.

Une partie d'entre eux sont arrivés dans les années soixante et au début des années soixante-dix, alors que la Chambre de commerce autrichienne avait installé des bureaux de recrutement en Turquie et en Yougoslavie. Il y eut ainsi plus de 200 000 cartes de travail délivrées pour la seule année 1973. En revanche, l'émigration était nulle en provenance des pays situés au-delà de ce que l'on appelait alors le rideau de fer qui, à une soixantaine de kilomètres de Vienne, séparait l'Autriche de la Hongrie et de la Tchécoslovaquie.

La situation changea au début des années quatre-vingt-dix, avec l'ouverture des frontières des pays de l'ex-glacis soviétique. Des travailleurs d'Europe de l'Est furent attirés par l'espoir de mieux vivre en Autriche, d'y trouver un travail bien rémunéré. Puis vint le tour de la population fuyant la guerre en Yougoslavie. Entre 1988 et 1998, le nombre de résidents étrangers est passé de 350 000 à 700 000, dont 46 % venaient de l'ex-Yougoslavie, 13,5 % des autres pays d'Europe centrale et orientale, 19 % de Turquie, 21,5 % de l'Union européenne. Le gouvernement prit alors des mesures restrictives telles que le rétablissement des visas, le déploiement de 2 000 militaires le long des frontières, l'établissement, à partir de 1993, de quotas d'immigration en fonction des besoins patronaux.

C'est dans ce contexte que s'est développée la démagogie de Jörg Haider qui réalisa une OPA sur un petit parti, le FPÖ (Parti libéral) qu'avaient fondé à la fin de la Deuxième Guerre mondiale un ancien membre du cabinet de Seyss-Inquart (le chancelier mis en place par Hitler après le rattachement de l'Autriche à l'Allemagne en 1938) et un ancien officier SS. A plusieurs reprises, Haider vanta les mérites du IIIe Reich et de ses SS, donnant en modèle la politique de Hitler en matière de chômage. Il y ajouta des attaques xénophobes contre les Polonais " par exemple qui croient pouvoir atteindre le niveau de vie de l'Ouest sans la prestation de travail correspondante " ; et le reste à l'avenant à l'encontre d'autres populations.

Haider s'est également fait fort de faire reprendre aux chômeurs " l'habitude de travailler " car " Carnaval est terminé ". En 1998, il s'attaquait dans un article aux réfugiés qui " font aussitôt venir leur famille et les font soigner, aux frais des Autrichiens consciencieux et travailleurs ! " Dans le même temps, les étrangers résidant en Autriche étaient victimes du racisme ordinaire, en particulier de celui de la police. Des discours qui en rappellent d'autres.

Mais le précédent gouvernement de cohabitation entre les sociaux-démocrates et le parti de droite, qui a aujourd'hui choisi l'alliance avec le parti de Haider, a lui aussi alimenté un climat raciste et xénophobe. Particulièrement à l'encontre des Africains vivant en Autriche, au nombre de 8 000 environ, présentés tous comme des pourvoyeurs de drogue. Il y a un an, un jeune Sénégalais était tabassé à mort par des policiers sur la voie publique. Trois mois plus tard, un jeune Nigérian demandeur d'asile était placé en centre de rétention, sur simple décision administrative dans une prison vétuste, où prévenus et demandeurs d'asile s'entassaient à six ou huit dans une chambre de 24 m2. Expulsé, il mourut étouffé dans l'avion, alors qu'il était bâillonné par la police. En octobre dernier, quelques jours avant les élections législatives, le ministre socialiste de l'Intérieur, Karl Schlögel, connu comme un partisan du durcissement de la législation contre les étrangers, déclencha une opération de police contre des cafés fréquentés par des Africains et contre plusieurs foyers d'hébergement.

On comprend pourquoi des organisateurs de la première grande manifestation contre la xénophobie et le racisme en Autriche même considèrent l'ex-ministre de l'Intérieur socialiste indésirable...

Sur le plan économique, on a assisté à une politique comparable. Le gouvernement de cohabitation entre les socialistes et la droite avait mis en place un plan d'austérité et une réforme des retraites dirigés contre les travailleurs, les chômeurs et les retraités, prévoyant notamment le recul de l'âge de la retraite et la diminution des pensions ainsi que de nouveaux cadeaux fiscaux au patronat au détriment des salariés et des consommateurs.

Le mouvement actuel contre la nouvelle coalition gouvernementale autrichienne peut, s'il n'en reste pas au stade des protestations, faire remballer une politique qui vise à prendre aux travailleurs pour donner aux riches, avec en prime une politique mortelle pour les travailleurs faite de racisme, de xénophobie et d'attaques contre eux et leurs organisations. C'est la voie pour mettre un coup d'arrêt à la menace que représentent Haider et ses complices.

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