Pour un printemps chaud des luttes sociales25/02/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/02/une-1650.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Tribune de la minorité

Pour un printemps chaud des luttes sociales

Le climat social n'est pas retombé, les luttes continuent dans de nombreux secteurs, surtout du public, mais pas seulement.

Dans la santé, les actions se poursuivent : manifestation mardi 22 février, des actions locales sont programmées entre hôpitaux voisins. L'attitude des confédérations syndicales, qui consiste à miser sur les négociations avec Martine Aubry, prévues jusqu'au 29 février, en repoussant au 14 mars une journée nationale, passe mal auprès des personnels les plus combatifs.

Les actions sporadiques continuent aussi à la Poste avec la conscience que la perspective, c'est l'extension de la grève. Ce que les syndicats évitent soigneusement, en n'appelant qu'à une " semaine d'action ", se contentant de couvrir les mouvements qui seront décidés localement.

Aux Finances, l'intersyndicale prétend " craindre l'épuisement de ses troupes ", mais en réalité elle fait ce qu'il faut pour en être à l'origine. Une manifestation est prévue seulement pour la mi-mars, le 16, surtout pas le même jour que les hôpitaux !

Le mouvement s'est aussi développé dans les écoles de certains départements, comme par exemple dans le Gard ou l'Hérault, où les parents se sont joints aux instituteurs et professeurs pour demander davantage de postes. Là également, les syndicats se contentent d'en rester à un combat local.

La politique des syndicats, c'est visible, demeure la stratégie de l'émiettement. Mais il est remarquable que malgré tout, des mouvements surgissent. Pas uniquement dans le secteur public, dans le privé aussi. Et pas seulement dans des usines où les travailleurs refusent d'être jetés à la rue après avoir enrichi les actionnaires, comme chez Moulinex ou chez De Carbon du groupe Delphi. Mais aussi, par exemple, dans des hypermarchés Continent comme à Wasquehal près de Roubaix ou à Perpignan, à Dim dans le textile, à la Servair filiale d'Air France assurant la restauration à bord des avions, à Motorola à Toulouse dans l'électronique, et au moins sous la forme de débrayages, dans les usines Renault à l'annonce par la direction de la diminution d'une prime d'intéressement au moment où les profits réels n'ont jamais été aussi élevés. Et sans doute pourrait-on y ajouter encore bien d'autres entreprises, touchées par cette agitation sociale sur fond de réduction d'effectifs, de flexibilité accrue, de baisses ou de blocage des salaires.

Ce développement du mécontentement des salariés et de son expression gréviste, commencent à inquiéter le gouvernement. C'est la raison du recul momentané de Jospin, pour l'annonce du projet sur les retraites et celui sur " l'épargne salariale " (expression pudique désignant les " fonds de pension de gauche "). Les aventures malheureuses de Juppé, précisément à propos de la réforme des retraites, sont dans toutes les mémoires et elles hantent encore celles de tous les politiciens de gouvernement.

Nous ne sommes cependant pas dans une situation comparable à celle de 95. Ni les partis de gauche, ni les directions syndicales, n'ont aujourd'hui de raison de développer, même de façon limitée et contrôlée, un mouvement qui pourrait s'élargir. Bien sûr, s'il se produisait malgré eux, ils feraient tout pour en prendre la direction " comme toujours " pour le canaliser et essayer de l'arrêter avant qu'il n'ait été au bout de ses possibilités. Mais les uns et les autres se gardent aujourd'hui autant qu'ils peuvent de prendre des initiatives allant dans le sens d'une véritable généralisation des luttes.

L'étincelle qui mettra le feu aux poudres ne viendra sûrement pas de ce côté-là. Politiquement, elle ne pourrait venir que de l'extrême-gauche qui est la seule à n'avoir aucun lien avec ce gouvernement. Reste que le problème n'est pas celui du seul déclenchement de l'explosion sociale, c'est celui de la faire aboutir à la satisfaction des travailleurs. Et rien n'est automatique en ce domaine.

Pour que les mouvements puissent se coordonner, que des contacts entre les secteurs en lutte puissent s'établir, pour que des grévistes d'un service public ou d'une entreprise aillent chercher les travailleurs des usines ou des autres services publics de la localité, pour que des liens se tissent entre grévistes d'un bout à l'autre du pays, comme on en a pu voir l'esquisse lors des mouvements de novembre-décembre 95, il faut non seulement une orientation politique clairement en opposition au gouvernement, mais aussi le contrôle des travailleurs sur la direction de leurs luttes. En clair, il faut des comités de grève et des coordinations, des organes qui soient l'émanation directe de la base. Et seule une politique volontariste de la part de militants de la classe ouvrière peut permettre d'en faire surgir.

Certes les militants d'extrême-gauche, qui ont parfois une influence et une implantation non négligeables dans certaines entreprises, ne sont pas assez nombreux pour suffire à eux tous seuls à réaliser cette tâche à une échelle nationale. Mais parmi les militants des partis de gauche, communistes ou même parfois socialistes, parmi les militants syndicalistes, parmi les ouvriers les plus combatifs, il en est suffisamment qui rongent leur frein pour qu'il soit possible de les associer à une telle perspective. Car elle vise à mettre un coup d'arrêt à la politique d'un gouvernement qui, en dépit de son étiquette de gauche, prend des mesures dans lesquelles ils ne se reconnaissent absolument pas, et elle répond aux aspirations profondes de la classe ouvrière parmi laquelle ils vivent tous les jours.

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