Logement : un problème de plus en plus aigu

06 Décembre 2023

Se loger devient de plus en plus difficile. Un rapport de l’ONG Oxfam confirme, chiffres à l’appui, ce que ressentent chaque jour des millions de familles populaires.

En vingt ans, les prix de l’immobilier ont augmenté quatre fois plus vite que les revenus disponibles des habitants. Cela a fait la fortune des promoteurs et d’une poignée de riches propriétaires, la moitié des logements en location appartenant aujourd’hui à 3,5 % de la population. Les travailleurs consacrent une part toujours plus importante de leur salaire au paiement du loyer ou au remboursement des emprunts, et donc rognent sur les autres dépenses, alimentation, vêtements, loisirs. Aujourd’hui, selon Oxfam, les moins aisés consacrent 32 % de leurs revenus au logement. Ce pourcentage était de moins de 9 % en 1960. Encore ne s’agit-il là que d’une moyenne, la part du logement dans le budget étant plus importante encore pour les femmes qui élèvent seules leur enfant ou pour les salariés les plus pauvres. Tout au bout de cette chaîne, survivent celles et ceux que ces prix privent d’un logement, et qui se retrouvent à la rue, parfois avec leurs enfants.

Que l’on soit locataire ou que l’on ait réussi à emprunter pour acquérir un logement, ces dépenses sont un nœud coulant qui ne cesse de se resserrer. Les loyers augmentent sans cesse. Le maximum de 3,5 % par an autorisé est devenu la norme pour bien des bailleurs sociaux, et les charges augmentent davantage encore. Quant à la possibilité d’acheter son logement, les prix qui explosent se combinent avec la hausse des taux d’intérêt pour rendre cette solution de plus en plus aléatoire. En 2000, on s’endettait en moyenne pour 15 ans. En 2020 cette durée était 22 ans. Aujourd’hui le ministre de l’Économie Bruno Le Maire propose de porter la durée maximum d’endettement de 25 à 27 ans.

L’intervention de l’État consiste pour l’essentiel à offrir des exonérations fiscales aux propriétaires privés qui acceptent d’acquérir un logement pour le louer. Selon Oxfam, le manque à gagner pour l’État du fait de trois de ces niches fiscales s’est monté à 11 milliards d’euros en douze ans, ce qui aurait permis la construction de 70 500 logements sociaux. De fait, le nombre de HLM dont la construction est financée est en diminution, passé de 126 000 en 2016 à 96 000 en 2022.

Le renchérissement permanent des logements oblige les travailleurs à rogner sur les autres dépenses, à s’exiler de plus en plus loin, là où les prix de l’immobilier sont moins élevés, ou encore à s’entasser dans des appartements exigus. La crise capitaliste rend plus aigu d’année en année ce qui a toujours été l’un des principaux soucis de la classe ouvrière : avoir un toit sur la tête.

Daniel MESCLA