Procès Kerviel : un arbre qui a bien du mal à cacher la forêt

31 Octobre 2012

La cour d'appel a confirmé la condamnation de Jérôme Kerviel à cinq ans de prison, dont trois ferme, et à rembourser 4,9 milliards d'euros à la Société générale pour « réparation du préjudice financier » à l'égard de la banque.

Kerviel est un trader, fonction qui consiste, comme il l'explique lui-même, « à faire du fric avec du fric », en fait à spéculer. La Société générale l'a licencié en 2008, l'accusant d'être responsable d'une perte de près de cinq milliards d'euros dans une opération réalisée à l'insu de son responsable, prétend la banque. Son avocat a déjà annoncé que Kerviel se pourvoira en cassation.

À travers ce procès, les dirigeants de la Société générale ont tenu à faire porter le chapeau de ces pertes à une seule personne, présentée comme une brebis galeuse qui aurait enfreint les règles d'une banque qui se prétend vertueuse et au-dessus de tout soupçon.

La banque ne convainc pas lorsqu'elle reproche à Kerviel d'avoir agi à l'insu de sa hiérarchie et d'avoir produit des faux pour la tromper. Tout d'abord parce que lors du procès, des témoignages ont été apportés sur le fait que la hiérarchie, non seulement savait ce que Kerviel pratiquait dans des transactions dont les montants dépassaient régulièrement les limites autorisées, mais qu'elle l'encourageait à le faire. La Société générale comptait sur lui pour gagner des milliards et présentait même Kerviel comme un modèle pour les autres traders.

Mais surtout parce que la Société générale, comme toutes les banques, réalise l'essentiel de ses profits grâce à ces activités spéculatives qui, gagnantes ou perdantes pour la banque, sont en tout cas toujours nuisibles et parfois catastrophiques pour la société. Et les banquiers ont besoin de traders comme les mafiosi ont besoin de tueurs à gages.

Le procès qu'on serait en droit d'attendre est celui des bénéficiaires de cette spéculation, les grands actionnaires des banques et des grandes entreprises qui elles aussi spéculent. Mais ceux-là ne sont pas inquiétés.

Stéphane FORT