Techniques de communication : Mélenchon et la chasse aux « salopards »

27 Mars 2013
Le congrès du Parti de gauche, qui s'est tenu le week-end des 22 et 23 mars à Bordeaux, a fourni l'occasion à Jean-Luc Mélenchon et à sa garde rapprochée de jeter un nouveau pavé dans la mare médiatique.

Ainsi François Delapierre, l'un de ses adjoints, évoquant l'intervention des ministres de l'Union européenne au chevet de Chypre, a parlé « des 17 salopards » qui avaient organisé le dépècement de l'île. Mélenchon s'est empressé de reprendre cette formule, habilement calculée. Interviewé par des journalistes, qu'il se plaît par ailleurs à provoquer, il a justifié sa méthode, expliquant qu'il fallait oser « parler cru et dru » pour percer le mur des médias. Sur cet aspect, il n'a pas tout à fait tort. Mais le fond du problème est ailleurs.

Car il ne suffit pas de se faire entendre en créant l'événement par une « petite phrase » bien ficelée. Cela, beaucoup de politiciens de tout bord savent le faire. Comme Copé avec son pain au chocolat, pour ne prendre qu'un exemple récent.

L'essentiel est dans ce l'on dit et ce que l'on insinue, dans la façon dont on est compris et à qui on veut s'adresser. Les ministres de la zone euro désignés par le Parti de gauche sont incontestablement des requins, tout entiers au service des puissances d'argent, y compris un « Français », en l'occurrence Moscovici, ouvertement évoqué dans la diatribe de François Delapierre. Mais ces propos aux relents nationalistes évidents - une attitude revendiquée par Mélenchon dans tous ses écrits et ses discours - ne permettent pas à ceux qui croient que leurs intérêts seraient représentés par le dirigeant du Parti de gauche d'y voir plus clair et de mieux discerner qui est dans leur camp et qui sont leurs adversaires

En fait, les « techniques de communication » de Mélenchon visent à préparer le moment où François Hollande, débordé par une contestation du monde du travail, aurait besoin de ses services. D'ailleurs Mélenchon a une nouvelle fois réaffirmé cette ambition, qui serait peut-être de remplacer Ayrault. Encore que le PS pourrait avoir d'autres fers au feu. Mais la vraie question dans ce cas, ce serait pour quoi faire ? Pour mettre en œuvre une politique en faveur du monde du travail ? Certainement pas. Si Mélenchon est candidat à quelque chose, c'est plutôt à jouer le rôle de pare-feu.

Jean-Pierre VIAL