Industrie pharmaceutique : priver les patients d'un traitement pour mieux traiter les actionnaires

22 Août 2012

La filiale américaine de Sanofi, Genzyme, commercialisait sous le nom de Campath un médicament -- dont la molécule s'appelle l'alemtuzumab -- efficace pour une maladie peu fréquente, la leucémie lymphoïde chronique. Il se trouve que cette même molécule semble aussi agir contre une maladie beaucoup plus fréquente, la sclérose en plaques.

Bonne nouvelle pour les malades et pour le coût de la santé, penserait-on, puisque le Campath était vendu à un prix compris entre 500 et 1 500 dollars, ce qui en faisait un traitement quatre à cinq fois moins cher que le traitement de la sclérose en plaques proposé par les concurrents déjà sur le marché.

Las ! Les actionnaires de Sanofi ne le voient pas de cet oeil-là, ils veulent la bonne nouvelle pour eux. Comment faire pour récupérer cette manne puisqu'il suffirait que les médecins utilisent le Campath disponible pour faire considérablement baisser le coût du traitement de la sclérose en plaques ? La réponse est simple : le rendre indisponible en arrêtant de le commercialiser. C'est ce que vient de décider Sanofi, d'un trait de plume.

La production d'alemtuzumab vendu sous le nom Campath est arrêtée, privant les patients atteints de leucémie lymphoïde chronique de leur traitement. En parallèle, la production d'alemtuzumab est lancée pour le commercialiser dans un futur proche sous le nom de Lemtrada, afin de le proposer pour la sclérose en plaques « au prix du marché ».

Le Campath avait rapporté 76 millions de dollars en 2011, le Lemtrada pourrait en rapporter 400 en 2018. Les analystes financiers applaudissent... Il est vraiment temps de retirer à ces gens-là le pouvoir de jouer la vie des malades à la Bourse !

Hugues JACKSON