Afghanistan : le poids des morts

20 Août 2008

Dix soldats français sont morts le 18 août en Afghanistan, victimes d'une embuscade tendue par les talibans. Une vingtaine d'autres ont été blessés. Dès l'annonce de cette nouvelle, Sarkozy, suivi par les porte-parole de la majorité, a rendu hommage à l'armée, tout en affirmant qu'il ne changerait rien à sa politique. Quant aux dirigeants du Parti Socialiste, s'ils ont émis des réserves sur celle-ci, ils se sont joints à cet hommage dans une belle unanimité.

Nul ne peut bien sûr se réjouir de la mort de dix hommes jeunes, même si par aveuglement ou par goût du " baroud " ils avaient choisi d'être soldats de métier, c'est-à-dire de se mettre au service d'un État dont la fonction est de défendre les intérêts des possédants et de tirer sur les cibles qu'on leur désignerait.

Mais s'il s'agit de dix morts de trop, on n'a pas vu se manifester la même émotion pour les femmes, les enfants, les paysans, tombés en bien plus grand nombre sous les bombes ou les mitraillages, victimes " collatérales " des opérations militaires menées par les Occidentaux en Afghanistan. Car les troupes de l'OTAN se comportent en Afghanistan comme l'armée américaine se comportait au Vietnam, comme l'armée française se comportait en Indochine et en Algérie, c'est-à-dire avec le plus parfait mépris pour la vie de la population locale, considérée a priori comme suspecte.

Si les zones contrôlées par les talibans n'ont cessé de s'agrandir ces dernières années, c'est moins dû au " professionnalisme militaire " croissant de ces derniers qu'invoquent les responsables de la politique française, qu'au fait que c'est l'intervention même des troupes de l'OTAN qui amène la population à considérer les talibans comme les seuls qui s'opposent à l'occupation étrangère.

Tous les discours sur la démocratie, sur la liberté, sur les droits des femmes, que défendraient les soldats de la coalition qui s'est formée autour des États-Unis ne sont qu'hypocrisie, car si effectivement les libertés, les femmes afghanes, ont tout à craindre d'un retour des talibans au pouvoir, c'est l'intervention militaire occidentale qui leur en ouvre le chemin.

Les troupes françaises n'ont rien à faire en Afghanistan.

François DUBURG