Récession économique : "Cachez ce mot que je ne saurais voir"20/08/20082008Journal/medias/journalnumero/images/2008/08/une2090.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Récession économique : "Cachez ce mot que je ne saurais voir"

" Il n'est pas raisonnable de parler de récession ", a déclaré le Premier ministre François Fillon à l'issue de la réunion du 18 août avec les ministres chargés de l'économie. Les chiffres de l'Insee montrant un recul du produit intérieur brut de 0,3 % n'étaient selon lui " pas une surprise " mais le " reflet français " du ralentissement économique international, a-t-il ajouté. Il rejoignait ainsi sa ministre de l'Économie Christine Lagarde dans sa crainte superstitieuse de ne pas nommer " la chose ", de peur qu'elle n'apparaisse !

Ce sont les mêmes qui, il y a peu encore, vantaient les résultats de leur politique. En novembre 2007, pour Lagarde, les " trois moteurs de la croissance étaient allumés : la consommation des ménages, l'investissement des entreprises et le commerce extérieur ". Il y a un mois, elle affirmait encore que le gouvernement tiendrait ses " prévisions de croissance, entre 1,7 et 2 % ", et Fillon se réjouissait de voir que ladite croissance résistait " mieux que prévu aux vents contraires ".

Malgré les données qui le contredisent, le gouvernement continue à afficher un optimisme forcé pour conclure que la situation ne fait que confirmer la nécessité de sa prétendue politique de " réformes ". C'est ce qui est en effet ressorti de cette réunion convoquée en urgence.

Le Premier ministre a donc déclaré qu'il entendait accélérer la mise en place des décrets sur les lois déjà votées, et " relancer la compétitivité des entreprises " en leur faisant un nouveau cadeau : l'imposition forfaitaire annuelle (IFA), un impôt payé par les entreprises en fonction de leur chiffre d'affaires, sera supprimée dès 2009. Le manque à gagner pour l'État sera de 1,6 milliard ; ce n'est certes pas ainsi que ses caisses vont se renflouer. Pour compenser, le gouvernement va donc poursuivre sa politique de restrictions budgétaires, qui se traduit par une baisse du nombre des fonctionnaires et une dégradation du service public.

Quant à pallier la baisse du pouvoir d'achat qui frappe la majorité de la population, Fillon s'en remet toujours aux heures supplémentaires que pourraient effectuer les salariés. C'est du cynisme pur et simple : ce sont les patrons qui décident qui peut faire des heures supplémentaires et quand des travailleurs réussissent à augmenter leur salaire par ce biais, au détriment de leur santé, cela leur permet tout au plus de faire face à la hausse des prix... en attendant que la crise supprime jusqu'à cette possibilité de " faire des heures ".

Il reste donc deux projets gouvernementaux évoqués en faveur du pouvoir d'achat : augmenter la prime à la cuve que perçoivent les foyers les plus modestes pour les aider à payer leur note de fioul ; actuellement fixée à 150 euros par an, elle " pourrait " passer à 200 euros. Mais ni le montant exact ni la date d'application n'ont été fixés. L'autre mesure serait l'extension de la prime de transport à l'ensemble du pays sur le modèle qui existe en Île-de-France, où les salariés sont remboursés de la moitié de leur abonnement aux transports en commun. Là aussi, cela ne va pas loin.

Aucune de ces mesures ne pourra évidemment empêcher la crise de s'approfondir. Mais la préoccupation du gouvernement n'est même pas là. Elle est de faire semblant d'agir, tout en poursuivant envers et contre tout une politique de défense des fortunes et des privilèges d'une minorité de possédants... au détriment de l'ensemble de la population.

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