Réfugiés : un accueil fraternel est donc possible ?16/03/20222022Journal/medias/journalnumero/images/2022/03/2798.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

la guerre en ukraine

Réfugiés : un accueil fraternel est donc possible ?

Depuis le début de la guerre en Ukraine, le gouvernement français a décidé d’ouvrir largement la porte aux réfugiés ukrainiens qui fuient les bombardements. La SNCF a par exemple décidé de leur accorder la gratuité sur ses trains.

Ainsi, à l’arrivée en gare, des messages en ukrainien et en russe sont diffusés pour leur indiquer que des volontaires de la Croix-Rouge les attendent au bout du quai. Des banderoles en cyrillique sont brandies. Les réfugiés sont ensuite dirigés vers les hébergements recensés par les préfectures, chargées de coordonner les propositions des maires et des associations.

Cette intervention de l’État se superpose à l’élan spontané de solidarité suscité dans la population par les images d’immeubles bombardés et de femmes et d’enfants fuyant sous les bombes, un élan qui se traduit par de nombreuses initiatives, collectes ou propositions d’hébergement, pour aider celles et ceux qui ont réussi à franchir les frontières polonaise ou roumaine. Si cette attitude du gouvernement est bien la moindre des choses, elle montre en même temps qu’un tel accueil est possible.

Le contraste est d’autant plus criant avec la politique menée vis-à-vis de tous les autres migrants. Dans les trains venant d’Italie, ce ne sont pas des places gratuites que l’on offre aux Africains qui tentent de passer en France, mais la matraque pour les renvoyer là d’où ils viennent. Ce n’est pas l’accueil chaleureux auquel ils auraient droit que l’on offre aux migrants mineurs, mais des interrogations sans fin sur leur âge afin de les refouler. Quand les préfets se préoccupent de savoir où peuvent dormir ceux qu’ils appellent des clandestins, c’est pour traîner devant la justice les hommes et les femmes qui prennent le risque de les abriter. Quant à l’hébergement, l’action habituelle du gouvernement consiste à faire détruire par la police les campements de migrants, à Calais ou dans la banlieue parisienne, avec pour consigne de lacérer ou de confisquer les tentes pour laisser leurs possesseurs exposés au froid.

Le Darmanin qui se met en scène à la frontière polonaise pour déclarer que la France est prête à accueillir 50 ou 100 000 réfugiés ukrainiens est aussi celui qui se vante de procéder à davantage d’expulsions que ses prédécesseurs, qui prône l’enfermement des migrants dans des camps aux frontières de l’Europe pour y examiner leurs demandes d’asile avant qu’ils n’y pénètrent, ou qui organise la chasse aux réfugiés à Calais. On voit aujourd’hui Marlène Schiappa, ministre déléguée auprès de Darmanin, lancer une plateforme « Je m’engage pour l’Ukraine » afin de de venir en aide aux familles ukrainiennes. Pourquoi cela n’a-t-il jamais été fait pour aider les familles afghanes ou syriennes, elles aussi contraintes à fuir leur pays sous les bombes ?

L’aide apportée par le gouvernement n’est pas gratuite. Elle lui sert à faire adhérer la population à sa politique, y compris sur le plan international. Elle lui sert à faire partager ses propres buts de guerre, pour lui permettre demain d’embrigader la population dans celle qu’il choisira de livrer. Il n’y a rien d’étonnant à ce que cette aide exclue tous ceux qui fuient la guerre et la misère dans les pays pauvres. À ceux-là, il réserve la répression. Pour les travailleurs, il n’y a pas de distinction à faire entre ceux qui seraient des « bons » et des « mauvais » migrants. Et il n’y a aucun crédit à accorder à la politique des gouvernements.

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