Israël : le poids de l’extrême droite et du racisme20/05/20152015Journal/medias/journalnumero/images/2015/05/2442.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Israël : le poids de l’extrême droite et du racisme

Après près de deux mois de tractations, le Premier ministre israélien sortant Benjamin Netanyahou est parvenu, jeudi 14 mai, à former une coalition gouvernementale. Arrivé en tête des élections législatives du 17 mars, il ne disposait pas d’une majorité à lui seul et devait absolument trouver des alliés. C’est du côté de l’extrême droite religieuse qu’il les a trouvés, obtenant ainsi le soutien de 61 députés sur 120 à la Knesset, le parlement israélien.

Netanyahou a été obligé de concéder à ses alliés des ministères, et non des moindres, puisque l’une de ces formations ultra-nationalistes, le Foyer juif, se verra attribuer la Justice, l’Éducation et l’Agriculture alors qu’elle n’a que huit députés à l’Assemblée. Quant aux concessions politiques, le journal israélien Haaretz les a résumées ainsi : « Les promesses qui leur ont été faites par Netanyahou en contrepartie de leur participation au gouvernement vont coûter des milliards, et aussi mener le pays sur un chemin plus théocratique. »

Cette évolution toujours plus à droite des politiques menées par les gouvernements israéliens successifs se fait en premier lieu aux dépens des Palestiniens. Ainsi, l’organisation La Paix maintenant a dénoncé le fait que, le jour même de l’annonce de la formation de la coalition, le gouvernement israélien avait donné son feu vert à la construction de 900 logements de colons à Jérusalem-Est, la partie palestinienne de la ville occupée et annexée par Israël.

Cédant au lobby des colons qui réclamait cette mesure depuis des années, le gouvernement avait annoncé son intention d’interdire aux Palestiniens de Cisjordanie d’utiliser les mêmes autobus que les Israéliens pour rentrer chez eux après leur journée de travail. Devant les nombreuses réactions de protestation, Netanyahou a suspendu cette mesure le jour où elle devait commencer à s’appliquer.

Mais le poids croissant de l’extrême droite et du racisme se fait sentir sur l’ensemble de la société israélienne, comme l’ont montré les manifestations des Falashas, ces Juifs noirs d’origine éthiopienne, après la diffusion d’une vidéo montrant deux policiers en train de frapper un soldat de cette même origine.

À deux reprises, à Jérusalem et à Tel-Aviv, plusieurs milliers de Falashas sont descendus dans la rue pour protester contre le « racisme de la police ». « Stop à la violence policière contre les Juifs noirs », « Nous voulons l’égalité des droits », scandaient des manifestants. À chaque fois, des affrontements très violents faisant plusieurs dizaines de blessés les ont opposés aux forces de sécurité.

Les quelque 135 000 Juifs noirs qui vivent aujourd’hui en Israël n’y sont pas venus clandestinement : c’est l’État israélien lui-même qui a organisé leur émigration depuis l’Éthiopie en deux grandes vagues, en 1984 et 1991, afin de démontrer qu’Israël constituait une terre de refuge pour les Juifs du monde entier. Pourtant, depuis leur arrivée, ils ont toujours été en butte à un racisme quasi officiel, sans doute mieux lotis que les Arabes israéliens, mais considérés tout de même comme des citoyens de second ordre.

Ainsi près de 20 % des enfants israéliens d’origine éthiopienne ne seraient pas scolarisés, du fait notamment du refus de certaines écoles de les accepter en raison de leur couleur de peau. En 2013, 65 % des Israéliens originaires d’Éthiopie de plus de 45 ans étaient au chômage et leur revenu moyen par personne est inférieur de 40 % à la moyenne, selon l’Association israélienne pour les Juifs éthiopiens. Malgré toutes les déclarations au sommet de l’État, la situation des Falashas n’a connu aucune amélioration. La société israélienne est gangrénée par les inégalités et par un racisme qui ne vise pas seulement les Arabes palestiniens, mais toutes les minorités.

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