Vénissieux (Rhône) : Suicide avant une expulsion -- un drame de trop08/05/20132013Journal/medias/journalnumero/images/2013/05/une2336.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Vénissieux (Rhône) : Suicide avant une expulsion -- un drame de trop

Mardi 30 avril, une centaine d'habitants de Vénissieux se sont rassemblés pour exprimer leur colère et rendre hommage à une retraitée qui s'est suicidée, le 25 avril, alors qu'elle allait être expulsée de son logement. C'est l'huissier et les policiers qui l'ont trouvée pendue chez elle.

Son propriétaire l'avait prévenue il y a plus de deux ans qu'il voulait récupérer l'appartement pour le vendre. D'autres lui avaient été, paraît-il, proposés. Mais d'après ses voisines, interviewées à la télévision, pour cette septuagénaire, seule, handicapée et malvoyante, devoir quitter un logement qu'elle occupait depuis trente ans était une catastrophe. Et bien que les services du conseil général aient repéré sa situation fragile, l'autorisation d'expulsion a été donnée par la préfecture.

Quelles que soient les raisons des expulsions, elles sont toujours inhumaines. Se retrouver sans domicile, avec ses meubles sur le trottoir devant tout le monde, et devoir en plus payer les frais de l'expulsion, c'est une tragédie.

Avec la crise, le chômage, les bas salaires, les petites pensions et le travail précaire, nombre de salariés et de retraités ne peuvent plus payer leur loyer, ou l'eau, le gaz et l'électricité.

Dans une ville ouvrière comme Vénissieux, avec un taux de chômage de 27 %, c'est un tiers de la population qui vit au-dessous du seuil de pauvreté. En 2012, il y a eu 211 assignations au tribunal en vue d'expulsion, avec 60 concours de la force publique accordés et 40 programmés. Finalement il y a eu dix expulsions effectives, 13 ont été suspendues et 17 familles sont parties sans attendre, certains partant sans rien dire par honte d'avouer leur situation.

Les expulsions évitées le sont généralement grâce aux aides et aux conseils des services sociaux de la mairie et du « Réseau d'alerte et de solidarité », qui en plus n'hésite pas à mobiliser en nombre pour accueillir l'huissier le jour de l'expulsion.

Pour protester contre ces expulsions, les maires successifs de Vénissieux décrètent tous les ans depuis longtemps des arrêtés interdisant les saisies mobilières et les expulsions locatives pour dette de loyer sur le territoire de la commune, ainsi que les coupures d'eau, de gaz et d'électricité pour retard de paiement. Depuis quelques années d'autres maires de municipalités PC ou proches font de même : Vaulx-en-Velin, Givors, Grigny et Pierre-Bénite.

Mais tous les ans, invariablement, le préfet fait annuler par la justice les arrêtés sous prétexte d'illégalité. Cette année les décrets ont été déposés le 15 mars. Mais dès le 15 avril les maires de Vénissieux et Grigny étaient convoqués en référé par le préfet au tribunal administratif, et leurs arrêtés suspendus dès le lendemain.

Le gouvernement a changé, mais l'État est toujours aussi dur envers les plus démunis. Les expulsions sont des drames humains qu'il ne faut pas interdire seulement pendant la trêve hivernale mais toute l'année.

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