Les vingt ans du tunnel sous la Manche08/12/20102010Journal/medias/journalnumero/images/2010/12/une-2210.gif.445x577_q85_box-0%2C14%2C164%2C226_crop_detail.png

Dans les entreprises

Les vingt ans du tunnel sous la Manche

À Calais, le vingtième anniversaire du tunnel sous la Manche a été fêté par une centaine de personnalités du gratin politique et économique et quelques ouvriers du chantier qui, le 1er décembre 1990, avaient symbolisé dans les médias la jonction des deux forages depuis Calais et Folkestone. Bien sûr, les 4 600 travailleurs qui ont travaillé durement, jour et nuit, pour la réalisation exceptionnelle d'un tunnel de 40 km sous la mer, n'ont pas été conviés à la fête.

Officiellement inauguré en 1994, ce nouveau moyen de communication représente un progrès indéniable pour la circulation des hommes. Les promoteurs du projet envisageaient le passage de 27 millions de passagers par an. Aujourd'hui, ils ne sont pas plus de 9 millions, la société Eurotunnel concentrant tout de même 40 % du marché du transport transmanche des automobiles. Le tunnel fut financé en totalité par des fonds privés, avec à leur tête un consortium de banques ayant vendu des actions à des centaines de milliers de petits actionnaires. La société privée franco-britannique possède la concession du tunnel pour 99 ans.

Mais, bien vite, l'aventure du tunnel vira au fiasco financier. Les coûts de construction ont explosé, atteignant 12 milliards d'euros au lieu des 7,5 prévus, plus 3 milliards pour le matériel roulant. Les grands groupes de travaux publics ont réalisé de substantiels profits, tandis que le fardeau de la dette s'est élevé rapidement à 9 milliards d'euros. L'action a perdu 90 % de sa valeur en vingt ans et a anéanti l'épargne de petits actionnaires. La dette a fini par être restructurée par les banques ; elles sont remboursées et perçoivent des intérêts.

Les travailleurs ont subi les conséquences de ces déboires financiers. En 2004, il y avait plus de 3 200 salariés à Eurotunnel et aujourd'hui ils ne sont plus que 2 300. Un plan de suppression de 900 emplois en France et en Angleterre a été mis en place en 2005. Les réorganisations et l'aggravation des conditions de travail ont touché aussi les travailleurs de la sous-traitance, qui sont nombreux sur le site.

Les problèmes de sécurité sont vitaux dans le fonctionnement du tunnel. Il y a quelques années, un grave incendie d'une navette a paralysé le tunnel pendant plusieurs jours. La circulation des navettes, avec à bord des voitures, des cars, des camions et surtout des passagers, nécessite une grande vigilance, avec un personnel formé et en nombre suffisant pour assurer la sécurité. Pourtant, la direction d'Eurotunnel envisage de réduire sur les navettes le nombre des membres d'équipage de six à cinq, afin de réaliser des économies. Pour le moment, face au mécontentement du personnel concerné, le projet est gelé.

Le président de la Chambre de commerce et d'industrie de Calais vante les mérites du tunnel pour l'augmentation du trafic transmanche, multiplié par cinq en vingt ans, principalement le trafic des camions. Outre les créations d'emplois, il est satisfait de la création de centres commerciaux, dans lesquels d'ailleurs les touristes anglais viennent de moins en moins, frappés par la baisse du cours de la livre et la crise dans leur pays.

Dans le même temps, des milliers d'emplois ont disparu dans le Calaisis, dans la dentelle, la métallurgie, la chimie et l'alimentaire. Avec plus de 17 % de chômeurs, les classes populaires ne voient pas le bout du tunnel !

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