Guerre en Ukraine : les armes politiques nécessaires

09 Mars 2022

L’horreur des bombardements en Ukraine et le spectacle, transmis par les télévisions, d’une population souvent désarmée qui doit les subir, suscitent l’émotion et la question : que faire pour aider la population ukrainienne à résister ?

Dans les pays occidentaux, nombre de responsables politiques et de commentateurs s’appuient sur ce sentiment pour s’emparer de la question. Ils évoquent sinon la nécessité d’une intervention directe, qui conduirait à un conflit généralisé, du moins celle de livrer des armes à la population ukrainienne.

Pourtant des armes sont déjà fournies à l’Ukraine, ou plutôt au régime ukrainien, par les États occidentaux. Leurs dirigeants s’appuient sur les mêmes sentiments de solidarité existants pour justifier ces envois et le renforcement de leurs propres budgets et arsenal militaires, naturellement en invoquant la « défense de la paix ».

Alors la vraie question est politique. Elle est de savoir qui fournit les armes et surtout, à qui on les confie. En se présentant comme les alliés naturels de la population ukrainienne pour sa défense, les dirigeants impérialistes cachent leur responsabilité énorme dans cette guerre, comme dans la situation catastrophique du monde entier, soumis à leur domination. Ils justifient aussi la poursuite de leur politique et leurs guerres futures.

À de multiples reprises dans le passé, ces mêmes puissances ont choisi « d’armer des populations », pour s’en servir dans leurs guerres d’intérêts. Il faut se souvenir de la façon dont les Kurdes de Syrie ont été utilisés par les puissances impérialistes pour combattre l’État islamique, et abandonnés ensuite face à l’armée turque. Bien des Afghans, utilisés de la même façon avant d’être abandonnés face au régime taliban, pourraient en parler aussi.

Quand des armes sont fournies en Ukraine, comme c’est déjà le cas, elles sont d’ailleurs fournies à l’armée ukrainienne, au régime ukrainien. Même attaqué par la Russie, il n’a rien d’un régime défendant les intérêts des classes populaires et affiche même son caractère réactionnaire et antiouvrier.

La défense de la population ukrainienne face à l’avancée de l’armée russe, ce régime l’envisage à sa façon, en fonction de ses intérêts politiques. Les milices territoriales mises en place par le gouvernement Zélensky sont encadrées par ses officiers. Même s’ils n’ont pas tous été formés ces derniers temps par des instructeurs militaires américains, canadiens ou britanniques, il est assez facile de deviner qu’ils ont été choisis pour la fermeté de leurs positions nationalistes, de leurs idées réactionnaires et de leur adhésion aux valeurs du régime en place.

Toute la situation est utilisée par le régime pour faire adhérer la population à son nationalisme pro-occidental et l’éloigner de toute idée de solidarité avec les travailleurs russes, eux aussi victimes du régime de Poutine et qui, dans la lutte contre celui-ci, pourraient être les meilleurs alliés des travailleurs d’Ukraine. C’est pourtant aussi ce sentiment de solidarité qui pourrait être une aide pour s’adresser aux soldats russes eux-mêmes, pour les retourner contre des dirigeants qui les ont engagés malgré eux dans une aventure militaire fratricide.

Alors oui, la population et les travailleurs d’Ukraine ont besoin d’être armés, mais d’abord armés d’une politique, tant contre leur propre régime que contre celui de Poutine. La solidarité entre Russes et Ukrainiens, qui parlent le plus souvent la même langue, qui ont longtemps vécu dans le même pays et que rien ne séparait vraiment, ne pourra resurgir qu’en dépassant le nationalisme étroit des dirigeants, dans un internationalisme qui ne pourra se baser que sur la classe ouvrière des deux nations.

Armés de cette politique, les travailleurs d’Ukraine pourraient facilement trouver les armements nécessaires, sans compter sur les apports intéressés et calculés de quelques grandes puissances, mais tout simplement en allant puiser dans les usines et les stocks d’armement de leur propre pays et de son armée. Et ils auraient aussi à se défendre contre leur propre régime qui ne les laisserait ni s’organiser de façon autonome ni prendre les armes hors de son contrôle.

Marion AJAR