Brésil : aéroport de São Paulo : une catastrophe annoncée.25/07/20072007Journal/medias/journalnumero/images/2007/07/une2034.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Brésil : aéroport de São Paulo : une catastrophe annoncée.

Mardi 17 juillet à São Paulo, un Airbus 320 de la TAM a dérapé à l'atterrissage sur l'aéroport de Gongonhas. Après être passé par-dessus une avenue à grande circulation, il s'est écrasé sur un immeuble de bureaux et une station de carburant avant de prendre feu avec un bilan de 200 morts.

Cet accident n'est pas dû à la fatalité, mais à l'âpreté au gain des compagnies de transport et à la négligence des pouvoirs publics. La piste était détrempée, certes, mais elle aurait dû être rainurée pour empêcher les phénomènes d'aquaplaning. Or, après des travaux en mai-juin, elle a été remise en service fin juin avant rainurage, car les compagnies veulent tourner à plein régime pendant les vacances d'hiver de l'hémisphère sud. La veille, deux avions avaient déjà dérapé sur cette piste. En outre, on a appris que, du côté droit de l'A320, l'inverseur de poussée, qui aide au freinage, était en panne depuis quatre jours. La veille, l'appareil avait failli ne pas s'arrêter en bout de cette même piste. En 1996 une panne semblable avait tué 99 personnes, déjà à Gongonhas.

Cet aéroport déjà ancien est le plus fréquenté du Brésil avec plus de 18 millions de passagers en 2006, soit moitié plus que sa capacité théorique. Il est situé à l'intérieur même de la ville de São Paulo, alors que le nouvel aéroport est séparé du centre par 30 km de routes, embouteillées en permanence. Les voyageurs préfèrent payer bien plus cher mais éviter fatigue et perte de temps en atterrissant à Gongonhas.

Ces causes immédiates s'ajoutent à un contexte général de précarisation du travail, de corruption de l'administration et d'abandon des services publics, par exemple du contrôle aérien. Depuis une collision en plein ciel qui a fait 150 morts en septembre 2006, les contrôleurs de l'air brésiliens sont en lutte pour de meilleurs matériels et de meilleures conditions de travail. La seule réaction des autorités a été la répression et l'accusation de sabotage.

À peine quelques jours après l'accident de Gongonhas, dimanche 22 juillet, on a vu combien ces revendications étaient justifiées. Une panne d'électricité a paralysé le centre de contrôle aérien de l'Amazonie. Les générateurs de secours ont refusé de démarrer : plus de radars, de radio ou de téléphone. Les contrôleurs ont donc dû travailler avec leurs téléphones portables, à la lumière de lampes de poche. Tout s'est bien terminé, même si un avion-cargo a suivi tout un couloir aérien en sens interdit. Mais il a fallu annuler 10 % des vols dans tout le pays, et la moitié des avions ont eu plus d'une heure de retard.

Grâce aux profits, à la sous-traitance, aux économies, c'est donc tous les jours le " chaos aérien ", qu'une panne ou une mauvaise météo peuvent transformer en catastrophe, comme à Gongonhas.

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