FNSEA, Jeunes Agriculteurs, au service des gros

31 Janvier 2024

La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) se proclame représentante du mouvement des agriculteurs. Mais loin de défendre les intérêts des petits paysans, ce syndicat patronal est un véritable parti des géants du monde agricole, plus proches de la Bourse de Paris que du champ.

La FNSEA contrôle 84 des 89 chambres d’agriculture départementales du pays. Elle dispose de ce fait d’une mainmise sur leur budget et d’un accès aux aides publiques, fondamentales en agriculture. Elle siège dans les sociétés d’aménagement foncier (Safer) qui autorisent ou refusent les achats de terres agricoles, dans les banques qui accordent ou non les prêts, à la sécurité sociale des agriculteurs (MSA). D’autre part, elle a ses entrées à tous les étages de l’appareil d’État : des mairies rurales au gouvernement en passant par les conseils départementaux et régionaux. Ce réseau lui permet d’orienter les politiques agricoles dans le sens que souhaite sa direction.

Et justement, ses dirigeants sont loin d’être des éleveurs ayant des difficultés à s’octroyer un smic. Son président, Arnaud Rousseau, est le patron d’une exploitation céréalière de 700 hectares. Il dirige une usine de méthanisation et est surtout le président du conseil d’administration du groupe Avril. Ce trust commercialise les œufs Matines, fabrique les huiles Lesieur et Puget, le biodiesel Diester, des aliments pour les animaux d’élevage et divers dérivés de la chimie des huiles. Il compte 73 sites industriels, réalise un chiffre d’affaires de 6 milliards d’euros et est présent dans dix-huit pays.

La FNSEA a systématiquement influencé toutes les lois agricoles, et surtout toutes les positions françaises au sein des institutions européennes. La réautorisation pour dix ans du glyphosate, dont la fédération est depuis des années un ardent défenseur, en est un exemple. L’accord prévoyant la taxation progressive du carburant avait été signé par la FNSEA en septembre 2023. La taxe, prélevée sur l’ensemble des exploitants, et plus lourde pour les plus petits, devait servir à abonder des aides aux plus gros.

Le syndicat Jeunes agriculteurs (JA), quant à lui, est issu d’une section jeune de la Confédération nationale de l’agriculture, l’ancêtre de la FNSEA. Les deux syndicats font systématiquement liste commune pour les élections aux chambres d’agriculture. Autant dire que s’ils sont séparés, ce n’est pas dans l’intérêt des petits exploitants.

Thomas Baumer