Loi “plein-emploi ”: les seuls parasites sont les patrons

21 Septembre 2023

Le projet de loi pour le plein emploi proposé par le gouvernement en juin et adopté par le Sénat en juillet est en débat à l’Assemblée nationale depuis le 18 septembre.

Le cœur du projet consiste à imposer aux deux millions d’allocataires du RSA un contrat d’engagement comportant de 15 à 20 heures de travail hebdomadaire. Ceux qui refuseraient ou n’effectueraient pas les tâches désignées seraient suspendus, voire radiés du RSA. Il existe d’ailleurs déjà une batterie de textes imposant des contreparties au fait de toucher des allocations. Des travailleurs sans emploi sont ainsi contraints de faire des stages ridicules, voire humiliants, d’autres sont envoyés en mission sans rime ni raison pour quelques jours ou quelques heures.

La loi débattue maintenant revient à généraliser la pression sur les allocataires sans avancer aucun moyen concret pour favoriser ce que ses promoteurs appellent le retour à l’emploi. Par exemple, découvrant que les parents de jeunes enfants, spécialement les mères célibataires, auraient besoin de crèches pour pouvoir occuper un emploi, le projet demande que les communes veuillent bien en ouvrir. Il n’est évidemment pas question que l’État mette un sou dans l’affaire, ni surtout les employeurs. Le reste des mesures est du même tabac : aucune obligation pour le patronat, aucune obligation financière pour l’État, rien d’autre que le bâton au-dessus de la tête des travailleurs avec ou sans emploi.

Contraindre ou même simplement menacer de contraindre des centaines de milliers de prolétaires à travailler pour rien est aussi un moyen de faire pression sur les salaires de tous. C’est bien un des objectifs de la loi comme de l’ensemble de la politique sociale du gouvernement. Mais, il s’agit aussi et surtout d’avaliser l’idée que les allocataires du RSA, les chômeurs et, de façon générale, tous ceux qui se débattent avec les malheureuses aumônes distribuées par l’État seraient au fond des parasites. Ainsi, les chômeurs fabriqués par la course au profit, la jeunesse des bourgs ravagés par les fermetures d’usine, les travailleurs broyés par l’exploitation, les mères qui se battent pour élever leurs enfants dans leurs quartiers dégradés seraient responsables des déficits publics. Le gouvernement et, derrière lui, la classe dominante voudraient opposer tous ceux-là aux salariés qui ont un emploi plus ou moins régulier, désormais rebaptisés classe moyenne. Ce sont pourtant les mêmes, à différents moments de la vie, dans les mêmes quartiers, les mêmes escaliers, les mêmes familles et, en fait, les mêmes difficultés. Ils forment la même classe sociale des travailleurs face à la seule classe véritablement parasite, celle des banquiers et des industriels aidée de tous ses larbins ministériels. On comprend pourquoi ceux-ci éprouvent le besoin irrépressible de la diviser.

Paul GALOIS