Mars 2003 : l’invasion impérialiste de l’Irak

23 Mars 2023

Le 20 mars 2003, les dirigeants des États-Unis lançaient sur Bagdad les premiers bombardements de l’opération baptisée avec cynisme Liberté pour l’Irak. Les dirigeants impérialistes n’avaient pas hésité à mentir et inventer la présence d’armes de destruction massive pour justifier cette guerre.

Les armées impérialistes étaient censées apporter la liberté et la démocratie au peuple irakien. La réalité fut tout autre. Déjà meurtri par une première guerre en 1991, dix années de bombardements et d’embargo, l’Irak se retrouva de nouveau écrasé sous les bombes. 150 000 soldats américains et 40 000 britanniques envahirent le pays. Le 9 avril 2003, Saddam Hussein était renversé. Les États-Unis mirent alors en place un gouvernement qui ne pouvait se maintenir qu’en s’appuyant sur les troupes anglo-américaines, et commença alors une occupation militaire qui allait durer huit ans. Elle suscita la haine de la population, déclenchant de véritables insurrections contre les troupes impérialistes, en particulier dans les régions à majorité sunnite au nord du pays.

Puis, le 18 décembre 2011, les États-Unis, alors sous la présidence d’Obama, retirèrent leurs soldats, laissant le pays en proie au chaos.

Diverses bandes armées, des milices de différentes obédiences, chiites ou sunnites, se formèrent, aggravant encore l’instabilité. Des milices issues d’une branche d’al-Qaida formèrent ce qui allait devenir l’organisation État islamique. Fin juin 2014, celles-ci parvinrent à occuper toute la région d’al-Anbar, soumettant la population à un régime de terreur inspiré par la charia. En détruisant l’appareil d’État de Saddam Hussein, les États-Unis avaient fait surgir des forces qu’ils ne parvenaient plus à maîtriser.

Cette guerre, et c’était son principal but, avait permis aux compagnies pétrolières de piller plus librement les richesses pétrolières que recèle l’Irak. ExxonMobil, la plus grande compagnie pétrolière du monde, put ainsi signer un contrat avec le gouvernement mis en place par les États-Unis, pour l’extraction des champs pétrolifères du Sud, près de Bassora, région d’où part la plus grande partie du pétrole irakien. Elle signa plus tard avec le gouvernement de la région kurde pour des opérations de forage dans le nord du pays.

Les années de guerre ont réduit le pays en cendres. Des millions d’Irakiens ont dû le fuir, ou changer de région, ne trouvant refuge que dans des camps. 1,5 million de civils ont été tués directement par la guerre ou du fait des conditions de vie créées par celle-ci. L’organisation État islamique, bien que déclarée vaincue en 2017, n’a pas disparu. Bien d’autres bandes armées continuent à maintenir des zones entières dans une violence permanente. Si, en raison de la guerre en Ukraine et de la crainte d’une pénurie, les recettes tirées de l’exploitation du pétrole ont beaucoup augmenté, elles n’enrichissent qu’une minorité liée à un pouvoir corrompu.

« Beaucoup de jeunes sont au chômage et se posent la question de savoir pourquoi nous ne trouvons pas d’emploi, alors que nous nageons dans la richesse pétrolière et que des élites corrompues créent des milliards à l’étranger », relate le chercheur Asiem El Difraoui. Et la corruption s’étend à « tous les domaines de la vie » et « dans le domaine de l’éducation, par exemple, il existe quelques universités privées, mais elles ne sont accessibles qu’aux membres de la famille de quelques élites riches et corrompues. Le secteur de la santé, qui jouissait autrefois d’une très bonne réputation, s’est lui aussi complètement effondré », rapporte la journaliste irakienne Raja Wafa dans une interview accordée à Euronews.

La population subit coupures d’électricité, et problèmes récurrents d’approvisionnement en eau. Le ministère irakien du Plan estimait en janvier dernier le taux de pauvreté à 25 %.

Aujourd’hui, les dirigeants impérialistes se prétendent les défenseurs du droit des peuples pour justifier leur contribution à la guerre en Ukraine. La situation dramatique dans laquelle se trouve l’Irak, vingt ans après leur intervention, rappelle que ces discours ne sont là que pour justifier leurs opérations de pillage au service des multinationales.

Aline RETESSE