Le partage du mag'eau de l'Ile-de-France30/12/20082008Journal/medias/journalnumero/images/2009/01/une2109.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Le partage du mag'eau de l'Ile-de-France

Pour que les habitants n'aient plus à alimenter les bénéfices de Veolia, de Suez-Lyonnaise des eaux et de la Saur, il faudrait exproprier ces sociétés privées. Leurs salariés, avec toutes leurs qualifications, pourraient ainsi assurer un service public de l'eau pour sa production, sa distribution ainsi que la collecte et le traitement des eaux usées. Or il n'est nullement question d'une telle expropriation ni à Paris, qui annonce son intention de remunicipaliser l'eau, ni en banlieue, où un groupement de 144 communes, le Sedif (syndicat des eaux de l'Île-de-France) a décidé de maintenir la gestion privée de l'eau.

À Paris, la ville a augmenté le prix de l'eau de 7 % au 1er janvier 2007 et va indemniser Veolia et Suez à hauteur de 6,2 millions d'euros. Pourtant, ces sociétés se sont déjà largement indemnisées elles-mêmes, plusieurs rapports officiels ont décrit les multiples façons dont elles ont dégagé des surprofits depuis les années1980, tant pour l'approvisionnement en eau qu'elles ont géré en commun que pour la distribution : Veolia sur la rive droite de la Seine et Suez-Lyonnaise des eaux sur la rive gauche.

À l'avenir, la gestion de l'eau parisienne sera donc municipale. Mais « concrètement, a indiqué le maire de Paris Bertrand Delanoë, je souhaite que cette régie puisse s'appuyer sur le savoir-faire technique que les groupes industriels privés ont développé en France ». Ceux-ci seront chargés de « missions ponctuelles ou spécifiques », « de marchés publics concernant par exemple les travaux qui ne relèvent pas de l'entretien courant ». Le personnel de ces compagnies devrait « être repris par la ville, mais un audit social doit définir combien de personnes sont concernées ». Ce qui est gros de menaces pour le millier de salariés en question.

Quant à la banlieue parisienne, le partage du marché entre Veolia (ex-Générale des eaux) et Suez-Lyonnaise des eaux est ancien. En 1923, le regroupement de communes qui allait donner naissance au Sedif avait été suscité ou du moins favorisé par la Générale des eaux, pour s'attacher en bloc l'ensemble de ses communes clientes de banlieue parisienne, face à son concurrent, la Lyonnaise des eaux. Jusqu'à ce jour, cela a permis à Veolia de préserver son plus gros marché en termes de chiffre d'affaires et de bénéfices, qui lui permet en outre de disposer d'une vitrine qui l'aide à conquérir des marchés dans le monde.

La concurrente de Veolia, la Lyonnaise des eaux, n'a pas non plus à se plaindre. Elle gère les ressources en eau à l'est de la capitale, à des prix qu'elle fixe. Des communes n'appartenant pas au Sedif sont sous sa coupe, et la date de renouvellement de leur contrat diffère d'une commune à l'autre.

Quant au Sedif, son président, Santini, maire d'Issy-les-Moulineaux et secrétaire d'État aux collectivités locales, vient d'obtenir dans un vote à bulletins secrets le 11 décembre, par 88 voix contre 54, la poursuite d'une « régie intéressée », autrement dit de la gestion privée de l'eau pour laquelle Suez, ainsi que la Saur, ont fait savoir qu'un partage du pactole avec Veolia les intéressait. Pourtant, l'association de consommateurs Que Choisir ? avait estimé la facture d'eau « démesurée ». Une gestion en régie directe pourrait sans doute économiser de l'ordre de 50 à 80 euros par ménage sur une facture annuelle de 400 euros.

Seul un service public de l'eau pourrait faire échapper les usagers à cette dîme sur l'eau que le système actuel leur fait payer. Mais le Sedif a fait passer les intérêts des trusts de l'eau avant tout.

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