Partage de la valeur : vol dissimulé

16 Novembre 2022

Comment justifier de ne pas taxer les superprofits et de ne pas augmenter les salaires ? C’est à cette défense obstinée des bénéfices des grandes entreprises que se consacrent ces jours-ci ministres et députés.

Le chef des députés du Modem, Mattéi, allié de Macron et loin de tout radicalisme social, avait eu l’audace de proposer contre l’avis du gouvernement un amendement prévoyant la taxation des superdividendes. À sa propre surprise, l’amendement avait été voté par l’Assemblée, puis avait disparu à la faveur d’un 49.3. À présent, Mattéi s’est ravisé : il évoque un « système où, en cas de superdividendes, il n’y aurait pas de taxe supplémentaire mais davantage d’intéressement et de primes pour les salariés », et toujours pas d’augmentation de salaire.

Parallèlement, l’euro­député Canfin, ancien écologiste passé macroniste, entame une mission pour trouver une solution ­acceptable par tous les partis gouvernementaux, et surtout par le patronat, afin de clore le débat sur les superprofits. C’est aussi l’objectif de Le Maire, le ministre de l’Économie, qui pousse à des accords de participation et d’intéressement.

Dans les cercles gouvernementaux, on tourne autour du pot autant que possible pour éviter que l’augmentation des salaires et leur indexation sur les prix ne gagnent en popularité dans les rangs des travailleurs et ne finissent par constituer un objectif de lutte.

C’est dans ce contexte que Dussopt, le ministre du Travail, organise un débat sur le « dividende salarié » et le « partage de la valeur », où le patronat et les dirigeants des confédérations syndicales discutent, excluant d’emblée toute contrainte envers les capitalistes.

Mais qu’est-ce que cette valeur, si ce n’est les richesses de l’économie, créées exclusivement par le travail manuel et intellectuel de dizaine de millions de salariés ? Aujourd’hui les capitalistes, c’est-à-dire la toute petite minorité qui possède les grandes entreprises, ont un contrôle total du produit du travail d’autrui, la plus-value. C’est bien à contrecœur qu’ils en laissent aux producteurs une toute petite partie, par le biais des salaires, eux-mêmes rognés par l’inflation. Les capitalistes « ont-ils jamais fait autre chose que dévaliser le travail ? », proclame le chant de l’Internationale.

Il n’y a aucune raison d’accepter ni le partage ni ces règles dictées par ceux qui veulent contrôler la valeur sans avoir rien fait pour la produire. La seule règle pour les travailleurs doit être d’imposer au patronat de payer… tout ce qu’ils pourront l’obliger à payer, y compris l’exproprier.

Lucien DÉTROIT