Laboratoires d’analyses : une grève patronale

16 Novembre 2022

Entre le 14 et le 16 novembre, 95 % des 4 200 laboratoires d’analyses médicales sont restés fermés pour ce qu’ils ont baptisé « la grève des laboratoires », terme fallacieux repris avec complaisance par tous les médias.

Il s’agit en fait d’une grève organisée par les patrons des laboratoires privés d’analyses médicales, parfois très gros, qui ont placé d’office leurs propres salariés en congés ou en RTT. Ainsi douze groupes, dont les géants Synlab, Cerban Biogroup ou Inovi, contrôlent 57 % des laboratoires du pays.

Ces patrons de laboratoires de biologie s’opposent à un article du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2023 qui leur imposerait une contribution de 250 millions d’euros par an, sous forme d’une baisse du prix unitaire de leurs actes de prélèvement et d’analyses. Pour justifier cette baisse, le gouvernement invoque le bénéfice extraordinaire de 7 milliards d’euros réalisé en moins de deux ans par ces laboratoires grâce aux millions de tests anti-­Covid remboursés au prix fort par la Sécu. Après leur avoir servi la soupe, le gouvernement leur demande un petit effort, jouant au passage au défenseur des assurés ­sociaux et de la collectivité.

Mais les patrons biologistes libéraux refusent toute baisse pérenne de leurs tarifs de remboursement. Pendant un mois, ils ont cessé de transmettre les résultats des tests anti-Covid au ministère de la Santé, entravant le suivi de l’épidémie. Comme le gouvernement n’a pas (encore) reculé, ils ont décidé de cesser tous les prélèvements pendant trois jours et menacent d’une « grève illimitée » si le gouvernement ne cède pas. Les patients en situation d’urgence ont été renvoyés vers les hôpitaux publics, tandis que tous les autres prélèvements étaient annulés, reportant parfois des interventions.

Quand des salariés du secteur médical se mettent en grève pour revendiquer des embauches ou des augmentations de salaire, y compris ceux des laboratoires d’analyses comme à Rennes à la mi-octobre, ils sont immédiatement réquisitionnés par les préfets, au nom de la continuité des soins. Non seulement aucun laboratoire de biologie n’a été réquisitionné, mais leurs patrons ont déjà trouvé le soutien des sénateurs, qui ont voté un amendement remplaçant la baisse permanente des tarifs par une contribution unique de 250 millions. On verra combien de temps le gouvernement va résister sur sa ligne.

En tout cas, cette grève patronale indique la voie que les travailleurs doivent emprunter pour défendre leur droit à l’existence : se mobiliser tous ensemble, sans se laisser arrêter par ceux qui crient à la prise en otage de la population.

Xavier LACHAU