Espagne : marée humaine pour défendre la santé

16 Novembre 2022

Des centaines de milliers de personnes ont manifesté à Madrid dimanche 13 novembre contre la dégradation du système de santé, qui est continue depuis des années.

La colère des manifestants pointait tout droit contre Isabel Diaz Ayuso, figure en vue du Parti Populaire (le parti de droite) et actuelle dirigeante de la région de Madrid. En effet, c’est à l’échelle régionale que se gère la santé en Espagne. Ayuso incarne à elle seule cette droite rance, méprisante, réactionnaire jusqu’à la lie et habituée aux arrangements entre riches amis. Au moment du Covid, quand les morts s’accumulaient dans les maisons de retraite, Ayuso avait mis son frère sur le coup d’un contrat public pour fournir à la région des masques à prix d’or.

Comme ailleurs, le Covid a mis en relief un système de santé endommagé par des années de coupes budgétaires et de privatisations, et cela n’a fait qu’empirer avec Ayuso. Les rendez-vous pour voir un spécialiste ou pour avoir une opération sont repoussés aux calendes. Les Urgences sont débordées et les centres de santé et d’urgence des quartiers ferment. Quand ils rouvrent, comme ça a été le cas cet automne, c’est sans médecin ! La solution d’Ayuso est de recourir à des infirmières, équipées de tablettes afin de prendre en charge tous les patients par téléconsultation, et à toujours plus de centres privés.

Depuis des mois déjà, la colère s’exprimait de plus en plus. On l’a vu en premier lieu dans les quartiers, comme à Getafe en banlieue de Madrid où dès le printemps les rassemblements pour empêcher la fermeture du plus vieux centre de santé de la ville rassemblaient plus de 10 000 personnes. Face à la situation qui a continué de dégénérer pendant l’été et à la rentrée, les manifestations et les grèves se sont multipliées, rassemblant toujours plus de personnes. La manifestation du 13 novembre a été massive, débordant de loin les milieux traditionnellement mobilisés. Les familles, les patients, le personnel de santé, le personnel embauché au moment du Covid, dit « contrats Covid » licenciés il y a six mois, tous étaient là pour dire stop.

Le gouvernement espagnol, dirigé par le socialiste Pedro Sanchez allié à Podemos et au PC, n’est pas mécontent que la colère se concentre sur une question de compétence régionale, la santé, qui, à Madrid, est aux mains d’une des principales figures de la droite. Pourtant, le gouvernement est aussi responsable que celle-ci de la dégradation de la situation sociale. Ces dernières années, il a abreuvé les patrons de tout poil de subventions et a accompagné l’augmentation des prix de l’énergie. Face à la situation de crise, il est à espérer que la colère déborde le seul domaine de la santé afin de faire payer la crise à ses responsables capitalistes.

Adrien Baye