États-Unis : la population du Texas victime des capitalistes de l’énergie24/02/20212021Journal/medias/journalnumero/images/2021/02/2743.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

États-Unis : la population du Texas victime des capitalistes de l’énergie

Une intense vague de froid venant des régions polaires s’est abattue à la mi-février sur une large portion du territoire américain. Or c’est le Texas, l’État situé le plus au sud, qui en a subi les conséquences les plus désastreuses, bien plus que les zones où il fait bien plus froid, situées entre le Canada et le Texas.

Cinq millions de personnes privées de courant, donc de chauffage en plein hiver, quatorze millions sans eau, car les canalisations ont gelé et éclaté. Au moins une cinquantaine de Texans sont morts de froid, d’intoxication au monoxyde carbone en essayant de se chauffer, ou du fait de l’impossibilité de faire fonctionner les machines à dialyse ou à oxygène.

C’est le prix que paie la population du Texas pour la gestion capitaliste des réseaux d’énergie, dans cette région du pays le plus riche du monde, de surcroît productrice de gaz et d’hydrocarbures. Au Texas, l’énergie s’achète et se vend depuis les années 1990 sur un marché où des dizaines d’entreprises sont en compétition pour produire de l’électricité, la transporter et surtout la vendre et la distribuer aux foyers. Le maître-mot pour ces entreprises, afin de gagner des clients sur leurs concurrents tout en dégageant une marge de profit, c’est de baisser les coûts. Les économies sont faites sur la qualité des infrastructures. L’isolation des conduites de gaz naturel, qui est installée d’office dans le nord des États-Unis, ne l’est pas au Texas. L’arrêt des centrales sous l’effet du gel du carburant, réduisant de 40 % la puissance électrique disponible dans l’État, a été la cause première des coupures d’électricité qui ont privé de chauffage des zones entières pendant plusieurs jours. Les compagnies qui possèdent les centrales n’ont jamais voulu immobiliser des capitaux en stockant du carburant à proximité.

Ce n’est pourtant pas la première fois que le Texas subit une vague de froid. En 2011, l’une avait provoqué des coupures d’électricité chez plus de trois millions d’habitants. Les autorités texanes avaient alors recommandé, mais pas imposé, d’investir dans des infrastructures capables de fonctionner lors d’hivers rigoureux. Les capitalistes du secteur n’en ont rien fait, n’y ayant pas été contraints.

L’État du Texas a bien mis sur pied un « conseil de la fiabilité électrique » (Ercot). Mais cet organisme n’est doté que de très faibles pouvoirs et ses dirigeants considèrent que leur devoir est d’assurer la profitabilité du marché électrique pour une minorité, plutôt que la livraison de courant en toute saison pour tous. Ercot a multiplié les rapports rassurants, et mensongers, sur l’état du réseau électrique texan. Quelques jours avant la catastrophe, la réunion de ses dirigeants n’a consacré que quarante secondes à évoquer la vague de froid, pour en minimiser les conséquences probables.

Ercot est donc maintenant la cible de toutes les critiques, y compris venant de politiciens texans qui ne sont pas tous reluisants. Ainsi, dès les premières chutes de neige, le sénateur Ted Cruz a recommandé à la population de rester chez elle, pendant que lui et sa famille s’envolaient pour passer des vacances dans un hôtel de luxe au soleil de Cancún, au Mexique…

En réalité les autorités texanes, républicains et démocrates unis, ont fait le choix de favoriser au maximum les capitalistes locaux de l’énergie, qui sont les véritables responsables du sous-investissement et des souffrances actuelles. Pour prendre des clients à leurs concurrents, les compagnies ont proposé des contrats à prix variables, en prétendant que les particuliers feraient ainsi des économies. Or, quand les centrales se sont arrêtées et que l’électricité a manqué, son prix a explosé. Des abonnés se sont ainsi vu infliger par leur fournisseur-vautour des factures de plusieurs milliers de dollars par jour.

Le réseau de distribution de l’électricité du Texas a été conçu pour ne pas être interconnecté aux deux grands réseaux qui couvrent l’est et l’ouest des États-Unis, afin de protéger les entreprises locales de toute régulation fédérale. Quand les centrales texanes se sont arrêtées, il a donc été presque impossible d’importer du courant du reste du pays pour éviter des coupures massives. À l’inverse, à El Paso, situé tout à l’ouest du Texas et qui fait partie du réseau fédéral, seuls trois mille habitants ont eu leur électricité coupée pour cinq minutes tout au plus.

Des millions d’habitants du Texas en sont actuellement réduits à chercher comment se procurer des bouteilles d’eau minérale ou à faire bouillir de l’eau pour la rendre potable. Même boire et manger n’a ainsi plus rien d’évident, dans cet État riche où les capitalistes et leur concurrence dévastatrice règnent en maîtres.

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