Lycée Paul Robert – Les Lilas : mobilisation après la mort d’un lycéen

16 Octobre 2019

Vendredi 4 octobre, un lycéen scolarisé à Aubervilliers et habitant Le Pré-Saint-Gervais, en Seine-Saint-Denis, est mort, poignardé dans une bagarre entre jeunes. C’est le troisième jeune qui meurt en un an dans des circonstances similaires.

L’agression a eu lieu à la sortie du stade où se déroulent les cours d’EPS (Éducation physique et sportive) du collège et du lycée des Lilas. Un enseignant d’EPS s’est retrouvé à faire un massage cardiaque à la jeune victime, finalement décédée, tandis qu’un élève se réfugiait la tête en sang à l’infirmerie du lycée, sous le regard de lycéens bouleversés.

Depuis quelques années, des affrontements entre jeunes, lycéens voire collégiens, opposent les bandes des Lilas à celles du Pré-Saint-Gervais. Même des élèves qui jouent ensemble au basket dans l’association sportive du lycée, et se congratulent lors de leurs victoires, ne se parlent pas en dehors du terrain, se considérant « de l’autre camp » car n’habitant pas la même commune. Un parent a montré le message macabre qui circule sur les réseaux sociaux : « Les Lilas : 2 ; Le Pré : 0 ».

Dans ce contexte, lundi 7 octobre, les enseignants du lycée ont refusé de céder à l’insistante demande de l’administration et de l’inspection de reprendre les cours. Ils se sont déclarés en droit de retrait et n’ont pas repris le travail depuis. Ils ne se sentaient pas en mesure, comme on le leur demandait, de faire comme si de rien n’était face à des élèves légitimement choqués.

Toute la semaine, les discussions n’ont pas cessé, en assemblées générales ou par petits groupes. Le mardi, enseignants et parents se sont invités sans rendez-vous au rectorat, qui s’est senti obligé de recevoir une délégation. Le lendemain, une réunion à la mairie a confirmé le soutien des parents mobilisés. Sous la pression de cette mobilisation, alors que le rectorat tient d’habitude à diviser les salariés de l’éducation en recevant les établissements séparément, le recteur a reçu en personne, vendredi 11 octobre, les représentants des deux établissements des Lilas.

Sans surprise, ces audiences, de même que la réunion sur le thème de la sécurité à la communauté de communes, n’ont abouti à rien de concret, mais ont fait sentir à tous que les autorités craignent la mobilisation : l’exigence de reprendre les cours avait disparu et le ton n’était plus celui du début de la semaine.

Après le week-end, les enseignants se sont à nouveau réunis et ont décidé d’appeler à une manifestation aux Lilas pour le mercredi suivant, en passant dans les quartiers populaires. Pour la préparer et parce qu’ils sont conscients que les choses doivent changer sur tout le secteur, ils se sont retrouvés dès lundi 14 octobre pour aller à la rencontre des travailleurs des établissements des quatre communes alentour, des habitants, à la sortie des écoles, du métro, des commerçants, qui affichent le tract. Ils reçoivent le soutien franc et immédiat de la population.

Puisque le recteur a expliqué « qu’il ne peut pas tout », la manifestation prévue doit faire monter la pression sur le ministère. Mais d’ores et déjà les enseignants sont fiers de ne pas avoir cédé au chantage du rectorat, qui souhaitait les voir retourner en cours et continuer comme avant. Ils continuent d’exiger des moyens humains à la hauteur des besoins, pour assurer la scolarité, la santé et la sécurité des jeunes et ne pas laisser se reproduire une autre tragédie.

Correspondant LO