Suppression de l’ASS : la misère annoncée

07 Février 2024

Parmi les mesures annoncées le 30 janvier par le nouveau Premier ministre, Gabriel Attal, lors de son discours de politique générale, figure la suppression de l’allocation spécifique de solidarité, l’ASS, destinée aux chômeurs ayant épuisé leur droit aux allocations chômage. Ils seront désormais renvoyés vers le RSA.

Cette mesure aura des implications catastrophiques pour de très nombreux chômeurs. Un travailleur licencié par son patron, ou dont le contrat provisoire ou la mission d’intérim prend fin, a droit à une indemnisation dont la durée dépend de son précédent emploi. Cette durée a régulièrement été réduite par Macron, et Attal a annoncé sa volonté de la réduire encore, tout particulièrement pour les chômeurs les plus âgés, qui sont les principales victimes des licenciements. Mais ce sont encore eux qui seront les principales victimes de la nouvelle annonce d’Attal.

Jusqu’à maintenant, un travailleur licencié ayant épuisé ses droits aux indemnités chômage peut avoir droit à cette allocation, l’ASS, sous condition de ressources dans son foyer. Elle se monte à 545 euros pour un mois de trente jours et peut être renouvelée sans limite de temps. Octroyée par les caisses de l’Unedic, alimentées par les cotisations salariales, et très légèrement inférieure au RSA, l’ASS avait l’énorme avantage de garantir les droits à la retraite et les droits sociaux de ses allocataires. Il faut d’ailleurs rappeler que le gouvernement de gauche de Hollande avait déjà innové dans les mesures crasseuses en supprimant à partir du 1er janvier 2017 le droit des handicapés titulaires de l’allocation adultes handicapés, l’AHH, à bénéficier également de l’ASS.

Jusqu’ici, les droits à la retraite générale étaient validés tout au long du versement de l’ASS, ainsi que les cotisations pour les retraites complémentaires. Au RSA, le salarié perd tous ces droits, ce qui peut avoir des conséquences catastrophiques. En effet, chaque année manquante sur les cotisations retraites générale et complémentaire fait baisser très fortement le montant de la pension de retraite à laquelle on aura droit. Aujourd’hui 322 000 travailleuses et travailleurs licenciés touchent l’ASS, dont 57 % sont âgés de plus de 55 ans. Cette décision va en plonger beaucoup dans la misère pour toute leur vie. Ce sera le cas de bien des travailleuses auxquelles, après avoir élevé leurs enfants, manquent déjà souvent des années de cotisations pour avoir droit à une retraite complète, mais aussi de nombre de travailleurs parmi les plus âgés, qui sont les premiers licenciés et ont les pires difficultés à retrouver un travail.

Celles et ceux qui, en arrivant à la retraite, n’auront pas les 120 trimestres de cotisations requis auront droit au minimum contributif de 876,13 euros, et devront quémander pour essayer de toucher le minimum vieillesse leur permettant d’atteindre 961,08 euros pour une personne seule et 1 492,08 euros pour un couple.

Les seules protestations contre cette mesure indigne sont jusqu’ici venues des présidents de conseil généraux, non pas tant pour ce que cela va entraîner pour les personnes concernées, mais pour les charges supplémentaires qui vont ainsi peser sur les caisses des départements, qui servent le RSA. Mais c’est l’ensemble du monde du travail qui devrait se dresser contre cette façon de traiter une partie des siens, souvent les plus fragiles. Ceux qui prennent de telles décisions dans les entreprises et au sein de l’État, sont en revanche bien protégés contre les aléas professionnels jusqu’à la fin de leurs jours. Ce qui rend leurs décisions encore plus méprisables.

Paul SOREL