Loi Egalim : force reste à la loi… du marché

07 Février 2024

Attal et son ministre de l’Économie, Le Maire, ont assuré qu’ils allaient faire respecter la loi Egalim, censée garantir un revenu correct aux agriculteurs.

Les lois Egalim ont été votées en 2018 et 2021, puis complétées en 2023. Egalim 1 a interdit aux supermarchés de faire moins de 10 % de marge sur l’alimentaire, en prétendant qu’ils n’auraient ainsi plus besoin de pressurer les producteurs ! Cette première loi n’ayant eu aucun effet sur le revenu des petits agriculteurs, Egalim 2 devait rééquilibrer les choses en obligeant les distributeurs à tenir compte de l’évolution du prix des matières premières agricoles. Cela les a surtout obligés à accepter les hausses réclamées par les industriels. Le troisième volet a ensuite étendu cette obligation aux marques de distributeur, limitant ainsi la concurrence subie par les grandes marques.

La bouffée d’oxygène espérée par les agriculteurs trop petits pour imposer leurs conditions n’est donc pas venue, d’autant que, pour contourner plus facilement les contraintes, les distributeurs se sont regroupés dans des centrales d’achat basées à l’étranger : Leclerc avec Eurelec, Carrefour avec Eureca, Système U avec Everest.

Le Maire a donné quelques jours aux industriels et aux distributeurs pour se mettre en conformité avec la loi. Il a promis d’organiser 150 contrôles cette année, une annonce dérisoire vu le nombre et la complexité des contrats. D’autant que la justice s’est toujours prononcée en faveur des groupes de la distribution qui s’étaient fait épingler.

Les lois prétendant protéger les revenus des petits agriculteurs se succèdent ainsi depuis des années sans inverser la tendance. D’après le dernier recensement de 2020, le nombre d’exploitations a encore baissé de 100 000 en dix ans (-26 %) : celles de moins de 50 hectares s’effondrent (-30 %), tandis que le nombre de celles de plus de 200 hectares augmente.

La seule loi qui s’applique inexorablement dans l’agriculture, comme dans le reste de la société, c’est celle du capitalisme, qui permet aux industriels, à la grande distribution et aux plus gros exploitants de soumettre les petits paysans à leur domination.

Sacha Kami