Plan santé de Macron : beaucoup de bruit pour rien

11 Janvier 2023

En présentant ses vœux au personnel de santé vendredi 6 janvier, Macron a annoncé une série de mesures censées permettre, selon lui, de « sortir de ce jour de crise sans fin ». Le couplet sur le courage des personnels de santé, qui ont tenu pendant la crise du Covid et continuent de tenir, n’a pas suffi à masquer le vide des annonces.

Selon Macron, la difficulté pour mettre fin à la pénurie de médecins vient du temps nécessaire pour en former de nouveaux. Mais, s’il a modifié lors de son premier quinquennat le système du « numerus clausus » qui limitait le nombre de médecins formés chaque année, ce nombre demeure toujours très insuffisant.

Alors, faute de médecins, Macron a promis d’accélérer l’embauche d’assistants médicaux, chargés d’aider ceux-ci dans le travail administratif, sans trop se presser quand même, puisqu’il s’agirait de passer de 4 000 à 10 000 assistants d’ici fin 2024. Le nombre de places aux concours d’infirmiers et d’aides-soignants devrait aussi augmenter, et les études de santé seraient améliorées, pour éviter que beaucoup d’étudiants abandonnent en cours de parcours.

Mais comment éviter que le personnel quitte l’hôpital à cause des conditions de travail catastrophiques ? Evidemment, Macron a soigneusement évité de parler des augmentations de salaire indispensables, mais il a évoqué la constitution d’un parc de logements à prix modérés, qui seraient réservés au personnel hospitalier dans les zones où les prix immobiliers sont particulièrement élevés. Il a dénoncé la « rigidité » de l’application des 35 heures à l’hôpital, qui devraient être remplacées par une organisation des horaires plus souple, par service. Comment comprendre cette mesure autrement que par l’annonce d’encore plus d’heures supplémentaires ? Car il n’a pas expliqué comment remplir un planning sans personnel suffisant.

Les hôpitaux devraient désormais être dirigés par un tandem formé d’un responsable administratif et d’un médecin, ce qui est censé éviter de prendre en compte uniquement des objectifs de limitation budgétaire. La tarification à l’acte serait remplacée par un système de financement qui prendrait en compte « des objectifs de santé publique ». Cette tarification à l’acte a en effet été un moyen, depuis 2004, de réduire les budgets hospitaliers, et d’orienter les activités de l’hôpital vers les actes les plus rentables. Mais sa suppression ne dit pas par quel système elle sera remplacée, et ne garantit en rien que les budgets augmenteront.

Face aux déserts médicaux, Macron s’est engagé à ce que tous les patients atteints de maladie chronique, et qui n’ont pas aujourd’hui de médecin traitant, s’en voient proposer un d’ici la fin de l’année. On ne voit pas comment cette annonce pourra être suivie d’effet. Enfin, pour convaincre les médecins de ville de prendre plus de patients, il leur a promis des rémunérations supplémentaires. Mais beaucoup s’y refusent car ils sont déjà débordés.

Macron n’a pas oublié, avec son mépris habituel, de rejeter la faute de la crise sur les patients, qui feraient preuve de « désinvolture », prenant des rendez-vous et ne s’y rendant pas. Comme si cela pouvait expliquer la pénurie de médecins !

On ne pourra mettre fin à la crise du système de santé sans y consacrer des moyens suffisants, sans recruter massivement tous les types de personnel, et sans augmenter largement les salaires. Il faudra une mobilisation des travailleurs de la santé pour l’imposer.

Hélène COMTE